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Les MacKenzie, tome 1: La folie de lord MacKenzie - Jennifer Ashley

 

 
Mais j’ai vu la façon dont elle te regardait. Elle t’aime, et elle veut te sauver. Tu lui as dit de ne pas essayer, mais n’ai-je pas raison de penser qu’elle ne t’a pas écouté ?











Nous sommes en 1881. Voilà la famille McKenzie, riche, puissante, dangereuse et excentrique. Une lady ne peut pas être surprise avec l’un d’entre eux sans risque d’être ruinée socialement. Des rumeurs flottent autour d’eux : des histoires tragiques, celles de leurs maitresses, de leurs violents appétits, de scandales qui ont couru à travers toute l’Angleterre et l’Ecosse. Le plus jeune des frères McKenzie, Ian, est connu comme MacKenzie le Fou et a passé la plupart de sa jeune vie dans un asile et tout le monde s’entend sur le fait qu’il est bizarre. Il est aussi rude et beau et a un penchant pour les vases Ming et les belles femmes.

Beth Ackerley est veuve et a récemment fait fortune. Elle a décidé qu’elle ne voulait plus de remous dans sa vie. Elle a été élevée dans une famille chaotique avec un père alcoolique qui les a menés à la misère, une mère fragile qu’elle a dû soigner jusqu’à sa mort, puis elle a vécu avec une vieille dame agitée dont elle est devenue la dame de compagnie. Non, elle veut son argent et trouver la paix, voyager, apprendre l’art, prendre le temps de se souvenir de son bref mais heureux mariage.

Mais Ian MacKenzie a décidé qu’il la voulait...

source: Blue Moon.fr


J'ai découvert cette auteure grâce à ce livre. Depuis, j'ai lu tous les tomes de cette saga sortie en VF. 
Au départ, j'étais un peu réticente. Le héros est vraiment (trop) atypique. Interné dans un asile durant son enfance, il en garde de profondes séquelles. On est loin du héros qui fait saliver toutes les filles. Mais bon...ça fonctionne et on y croit. 
Pourtant...
Ce n'est pas forcément celui que je préfère de la série : j'ai préféré les tome 2 et 3 mais la lecture est plaisante et l'histoire vraiment originale.


Je vous mets un long extrait trouvé sur Booknode.com.

Cliquez sur la couverture pour lire les autres chroniques de la série.


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Bedding the Heiress by Cathy Maxwell
Lorsque Beth se réveilla, le corps nu de Ian reposait à côté d’elle. Au moment de l’orgasme, il l’avait presque - presque - regardée franchement, avant de fermer précipitamment les paupières. À présent, il dormait et Beth tentait de réfléchir.

Sally Tate et Lily Martin étaient mortes. Bien sûr, c’était le lot des filles de joie de mourir jeunes, et parfois brutalement. Certains clients prenaient plaisir à les frapper et, si les coups entraînaient la mort, personne ne s’en alarmait. Ce n’étaient que des prostituées, après tout.


Celles qui avaient réussi à trouver une place dans un bordel de luxe, vieillissaient forcément et perdaient de leurs attraits. Un beau jour, elles se retrouvaient à tapiner dans la rue. Mieux valait alors se trouver un protecteur en espérant qu’il se comporterait correctement.
Sans la grâce de Dieu, et sans la gentillesse de Thomas Ackerley et de Mme Barrington, Beth aurait pu devenir l’une d’elles.

Fellows se fichait bien de la mort de ces deux filles. Ce qu’il voulait, c’était détruire les Mackenzie. Ian ne s’en fichait pas, mais ce qu’il voulait à tout prix, c’était protéger son frère. Le frère qui l’avait délivré de l’enfer.

Beth serra les dents. Maudit soit le duc défunt pour avoir fait interner Ian !

Maudit soit Hart Mackenzie pour avoir pris Ian dans ses filets ! Et maudit soit Ian pour sa gratitude éternelle envers Hart !

Beth comprenait mieux à présent pourquoi Isabella avait quitté Mac alors qu’elle l’aimait tant. Beth ignorait quels étaient les torts de Mac, mais c’était
un Mackenzie à la tête dure.

N’était-ce pas suffisant ? En face de lui, une douce jeune fille comme l’avait été Isabella n’avait pas sa chance.

Beth se leva sans faire de bruit. Elle avait appris à s’habiller rapidement quand elle travaillait pour Mme Barrington, auprès de qui elle devait parfois accourir quelle que soit l’heure.

Ian ne se réveilla pas. La lumière caressait le renflement de son arrière-train, le creux de ses reins, les muscles de ses épaules. Un bel homme, fort et vulnérable à la fois.

Je vous aime, Ian Mackenzie.

Le cœur de Beth se serra douloureusement.

Elle quitta la chambre sur la pointe des pieds et descendit au rez-de-chaussée. Jetant un coup d’œil autour d’elle, elle se dirigea vers la porte de service.

La cuisinière s’affairait, rangeant sa cuisine après le souper qu’elle venait de servir à Cameron et Daniel. Elle adressa un sourire rayonnant à Beth.

- Ça fait du bien de voir des hommes manger d’aussi bon cœur, dit-elle. Ils ont vidé le plat et en ont redemandé. Ce n’est pas comme vous autres, qui
n’êtes même pas descendus. Je vous réchauffe quelque chose ?

- Non, merci, madame Donnelly. Je cherche Katie.

Elle est dans l’escalier de l’arrière-cuisine, répondit la cuisinière sur une moue désapprobatrice. Avec une fille qui ne vaut pas cher et qu’il est pas question que je laisse entrer dans cette maison.

Le cœur de Beth bondit.

- Ne vous inquiétez pas. C’est l’une des filles dont je m’occupe.

- Vous avez le cœur trop tendre, voilà le problème.

Ignorant Mme Donnelly et ses commentaires, Beth passa dans l’arrière-cuisine et ouvrit la porte. Katie l’attendait sur les marches de l’escalier, le visage assombri par une colère tout irlandaise.

- Eh bien, elle est là, comme vous pouvez le voir.



- Merci, Katie. Tu peux t’en aller, maintenant.

- Sûrement pas. J’ai pas du tout confiance en cette fille, je ne veux pas vous laisser seule avec elle.

La personne en question avait un visage très fardé. Des pierres précieuses ou semi-précieuses scintillaient sur son cou et à ses oreilles. Elle n’était pas belle, mais attirante, et elle le savait. Ses lèvres rouges s’incurvèrent dans un sourire supérieur lorsqu’elle examina la robe toute simple de Beth.

- Molly disait que vous étiez une duchesse, fit-elle. Mais je l’ai pas crue.

- Fais attention à tes manières, gronda Katie. C’est une dame.

- Chut, Katie. Comment vous appelez-vous ?

- Sylvia. Vous avez pas besoin d’en savoir plus.

- Je suis contente de vous rencontrer, Sylvia. J’aimerais vous poser quelques questions.

- Ici, dans l’escalier de service ? Cette garce de cuisinière n’a pas voulu me laisser entrer. Je veux m’asseoir dans le salon et que vos esclaves me servent. Sinon, je la boucle.

- Tiens ta langue ! jeta Katie. Tu n’es pas digne de t’asseoir dans le salon d’une dame. On reste là, dans ce coin, pour que personne sache qu’elle a accepté de te voir.

Beth leva les mains.

- Paix, vous deux ! Cela ne prendra que quelques minutes, Sylvia, et vous êtes la personne que je cherche, car je pense que vous en savez beaucoup sur un endroit qui m’intéresse au plus haut point. Vous seule pouvez m’aider.

La flatterie fit se rengorger Sylvia.

- Vous parlez de la maison de High Holborn. Je sais tout sur elle et sur la vieille garce qui la dirige.

En réponse à ses questions, Sylvia confirma ce que Fellows avait dit : à savoir que Mme Palmer avait été la maîtresse de Hart et qu’il l’avait installée à High Holborn.

- Elle a fait sa connaissance quand il était encore à l’université, mais elle n’était déjà plus toute jeune, expliqua Sylvia. Elle aurait tout fait pour lui.

- Mais c’est plus tard qu’il lui a acheté la maison, dit Beth. J’imagine qu’elle n’était plus sa maîtresse à ce moment-là ?

- Oui, il l’avait virée, et elle est devenue une femme d’affaires, si vous voyez ce que je veux dire. Ce n’était pas un mauvais endroit quand j’étais là-bas, mais Mme Palmer et moi, on s’est jamais bien entendues. Je suis partie dès que j’ai trouvé de meilleures perspectives.

Elle jeta un regard attendri sur ses bagues.

- Alors, entre eux, c’est complètement fini ? s’enquit Beth.

- De sa part à lui, sûrement. Mais pas de cel e d’Angelina Palmer. Le duc se donnait de grands airs, il fréquentait la reine, il avait de l’ambition. Il lui fallait une jeune dame très belle et élégante, pas la vieille peau qu’il se coltinait depuis l’université. Moi, j’aurais été folle furieuse, mais Mme Palmer a été compréhensive. Le cœur brisé, elle a continué à l’aimer ; si jamais on disait un mot contre le duc, elle nous arrachait les oreilles !

Beth contemplait d’un air songeur la rampe en fer forgé de l’escalier.

- Vous dites qu’elle ferait tout et n’importe quoi pour le duc ?

- Sûr. Elle a beau avoir plus de cinquante ans, elle le regarde avec de grands yeux de fillette amoureuse.

Une idée se fit jour dans l’esprit de Beth. Mme Palmer aurait-elle découvert que Sally avait l’intention de faire chanter Hart ? La mère maquerelle avait-elle décidé de lui clore la bouche définitivement ? Mais, dans ce cas, pourquoi ne pas attendre que Ian soit rentré chez lui et qu’aucun Mackenzie ne risque d’être impliqué ? À moins qu’elle se moque de qui paierait pour le crime, du moment que ce n’était pas Hart ?

Il lui fallait trouver cette femme et l’interroger.

- Quand travailliez-vous dans cette maison, Sylvia ?

- Oh… il y a six ou sept ans.

- Vous connaissiez Sally Tate ?

- Cette garce ? C’est pas étonnant qu’elle se soit fait suriner.

- Vous étiez là au moment du meurtre ?

- Non. J’étais déjà partie. Mais j’en ai entendu long sur cette histoire. Sally savait séduire les hommes, mais elle les détestait. Elle leur soutirait tout ce qu’ils avaient sur eux, et ensuite c’étaient des disputes et des disputes avec Mme Palmer parce que Sally ne voulait pas partager.

Elle avait une amie de cœur et elle n’arrêtait pas de raconter comment toutes les deux, elles allaient partir et vivre ensemble jusqu’à la fin de leurs jours. Katie lui lança un regard scandalisé.

- C’est répugnant, cette histoire. Milady, vous ne devriez pas écouter.

Sylvia haussa les épaules.

- Eh bien, y en a qui en ont assez de se faire tripoter par les hommes. Pas moi. J’aime les beaux messieurs.

- Peu importe, coupa Beth. Qui était l’amie de cœur de Sally Tate ? Vous la connaissiez ?

- C’était l’une des autres filles. Elles s’enfermaient dans une chambre et roucoulaient à qui mieux mieux. Sally jurait qu’elle emmènerait sa copine vivre à la campagne et qu’elles feraient pousser des roses, et d’autres sottises. Très peu probable, pas vrai ? Trouvez un village qui accueillerait un couple de putes repenties !

Sylvia se tapota les lèvres.

- Voyons, comment s’appelait-elle ? Oh, je l’ai. Lily.

- Lily Martin ? demanda Beth.

- C’est ça. Lily Martin. Bon, et mon argent, milady ? Je viens de loin, il fait humide ici, et la soie de ma robe va être fichue.

Ian se réveilla lorsque la petite horloge de la commode sonna dix heures. Il étira son corps chaud et souple, et bascula pour enlacer Beth.

La place était vide.

Déçu, il ouvrit les yeux. La faim avait dû la pousser à descendre manger quelque chose.

Ian se frotta le visage, s’efforçant de refouler le souvenir de leur discussion. Il lui avait révélé au sujet de sa monstrueuse famille des choses qu’il avait pourtant décidé de cacher.

Il se mit debout. Il ne voulait pas attendre son retour. Il avait besoin d’elle tout de suite. Il allait la chercher et demander à Curry de leur apporter de quoi souper. Cela ne lui déplairait pas d’asseoir Beth sur ses genoux et de la nourrir à la becquée. Exactement comme à Kilmorgan.

Il s’habilla en hâte, se passa les doigts dans les cheveux et se dirigea vers la porte. Il tourna la poignée.

La porte ne bougea pas.

Il s’escrima sur la poignée. En vain. Le cœur battant, il se pencha et regarda dans le trou de serrure.

Il était vide. Quelqu’un avait verrouillé la porte et emporté la clef.

Une panique aveugle l’envahit. Enfermé, piégé, incarcéré… Ouvrez, je vous en prie, je vous en prie, je vous en prie, je serai sage…

Il inspira à fond plusieurs fois pour refouler un accès de terreur glaciale. Il pensa à Beth, à la chaleur de son corps, au goût de sa bouche, aux sensations éprouvées en entrant en elle…

Il s’accroupit et approcha sa bouche du trou de serrure.

- Beth ?

Silence. Des bruits montaient de la rue, mais aucun de la maison. Il revint près du lit pour tirer sur le cordon de la sonnette, puis retourna à la porte.

- Curry ! cria-t-il en frappant sur le battant. Curry, nom de Dieu !

Pas de réponse.

Ian alla à la fenêtre et ouvrit les rideaux. Le brouillard qui tourbillonnait autour des réverbères, rendait plus nets le martèlement des sabots et le grondement des roues sur la place.

Des pas retentirent enfin dans le couloir, et la voix de Curry appela :

- Milord ? Vous êtes là ?

- Bien sûr que je suis là ! Elle a verrouillé la porte. Trouve une clef.

Une pointe d’inquiétude perça dans la voix de Curry.

- Vous allez bien ?

- Trouve cette foutue clef !

- Alors, vous allez bien.

Les pas s’éloignèrent.

De nouvelles frayeurs envahirent Ian, dont aucune n’était due à son enfermement. Beth était partie Dieu seul savait où, et elle avait fait en sorte qu’il ne la retienne pas.

Elle avait pu aller trouver Fellows, ou bien les hommes qui avaient passé la soirée dans la fameuse maison de High Holborn cinq ans plus tôt, ou, pire encore, elle était allée interroger Mme Palmer.

- Curry ! hurla-t-il en frappant sur la porte.

- Calmez-vous. On cherche la bonne clef.

Cela n’en finissait pas. Ian s’impatientait, au bord de l’explosion. De l’autre côté de la porte, Curry jurait et grognait.

Une clef fut enfin introduite dans la serrure et pivota aisément. Ian ouvrit la porte brutalement.

Curry, Cameron et Daniel étaient dans le couloir, entourés du majordome tremblotant, de la cuisinière aux bras ronds et de deux servantes aux yeux écarquillés.

- Où est Beth ? demanda-t-il.

- Ça ne me plaît pas, milord, décréta la cuisinière en croisant les bras sur son ample poitrine. Elle rencontre les gens les moins ragoûtants qui soient. Elle a toujours eu pitié d’eux, mais pourquoi ne peuvent-ils pas prendre un travail normal ? C’est ce que je voudrais savoir.

Bien qu’il n’ait rien compris, Ian eut l’impression que ces mots étaient importants.

- Qu’est-ce que vous dites ? Quelles gens ?

- Les gens dont Mme Ackerley s’occupe par charité. Des prostituées toutes peinturlurées. Il y en a une qui est venue à la porte de la cuisine, imaginez un peu, et voilà-t-il pas que milady et Mlle Katie partent avec elle. En fiacre.

- Pour où ?

- Je ne sais pas.

Ian lui jeta un regard assassin, et la femme parut se recroqueviller.

- Je suis désolée, milord. Je ne sais vraiment pas.

Quelqu’un a pu les voir monter dans le fiacre, marmonna Cameron. On va demander dans la rue si quelqu’un a entendu l’adresse qu’elle a donnée.

- Je sais où elle est allée, dit Ian d’un ton sinistre. Enfer et damnation.

- Curry, va me chercher une voiture. Tout de suite.

Se dégageant du petit groupe, il se rua vers l’escalier, suivi de son frère et son neveu.

- Je vais avec toi, décida Cameron.

- Moi aussi, renchérit Daniel.

- Pas question ! s’écria son père. Tu restes ici, et tu la retiens si elle rentre.

- Mais, papa…

- Fais ce que je dis pour une fois, petit trublion.

Cameron arracha son chapeau et ses gants avant que le majordome ait pu les lui tendre. Ian ne s’en donna même pas le mal.

- Comment sais-tu où elle est ? s’enquit Cameron en courant vers le fiacre que Curry avait appelé d’un sifflement.

Ian grimpa à l’intérieur.

- High Holborn, dit-il au cocher.

- High Holborn ? répéta Cameron, inquiet, tandis que la voiture s’insérait dans la circulation.

- Elle est partie jouer au détective. Maudite petite sotte. Si quelque chose lui arrivait…

Ian ne put aller au bout de sa pensée, ne put imaginer comment il se sentirait s’il la trouvait morte, un couteau planté dans le corps, comme Sally et Lily.

Cameron lui pressa l’épaule.

- Nous allons la retrouver.

- Pourquoi est-elle aussi têtue ?

Cameron lâcha un gros rire.

- Parce que les Mackenzie choisissent toujours des femmes de caractère. Tu ne t’attendais pas vraiment à ce qu’elle t’obéisse, quand même ?

- Je voulais la garder en sécurité.

- Elle est solide. Elle a tenu bon face à Hart. Peu de femmes en sont capables.

-Cela montrait seulement qu’elle était folle, Ian se tut en souhaitant vivement que le cocher accélère.

Les habitants de Londres ayant choisi pour une raison inconnue de sortir ce soir-là, la circulation était dense. La voiture tourna enfin sur Oxford Street et se dirigea vers High Holborn.

Cela faisait cinq ans que Ian n’avait pas revu la maison qui se dressait près de Chancery Lane. De sombres souvenirs l’assaillirent lorsque Cameron et lui entrèrent sans frapper. A l’intérieur, rien n’avait changé. Ian reconnut le vestibule aux boiseries sombres, la porte de verre teinté, la grande salle d’où partait l’escalier en noisetier ciré.

La servante qui les accueillit était nouvelle et les prit visiblement pour des clients. Ian faillit la bousculer et monter tout de suite, mais Cameron posa la main sur son épaule.

- Allons-y doucement pour commencer, murmura-t-il. Ensuite, s’il le faut, nous mettrons la maison à sac.

Ian hocha la tête. La sueur coulait le long de sa colonne vertébrale. En entrant, il avait eu la sensation désagréable d’être épié, sensation qui se renforça quand la servante leur fit monter l’escalier.

Elle ouvrit la porte du salon, et Ian s’avança, mais s’arrêta si brutalement que Cameron lui heurta le dos.

Hart Mackenzie était assis dans un fauteuil rembourré, un cigare dans une main, un verre de whisky dans l’autre. Juchée sur l’accoudoir, Angelina Palmer, une grande brune encore belle bien qu’elle soit proche de la cinquantaine, posait une main affectueuse sur son épaule.

- Bonsoir, Ian, dit celui-ci calmement. Je savais que tu viendrais. Assieds-toi. Je veux te parler.

Beth serra les poings sur ses genoux tandis que la voiture se dirigeait lentement de Whitehall à High Holborn. Lloyd Fellows la fusillait du regard, et Katie se blottissait contre sa maîtresse.

- Vous croyez donc que je n’ai pas passé cette maison au peigne fin il y a cinq ans ?

grommela le policier.

- Vous étiez tellement obsédé par les Mackenzie que quelque chose a pu vous échapper.

Il se renfrogna.

- Je n’ai su que les Mackenzie étaient impliqués qu’après mon arrivée sur les lieux.

- Et aussitôt, vous avez concentré tous vos efforts sur Hart et Ian en omettant d’envisager autre chose. Je commençais à éprouver de la sympathie pour vous, monsieur Fellows, mais je me suis ravisée.

- Mon Dieu, où donc cette famille trouve-t-elle de telles femmes ? marmonna-t-il en levant les yeux au plafond. Des mégères, toutes.

- Je doute que lady Isabella serait flattée de cette remarque, fit Beth. D’ailleurs, j’ai entendu dire que la femme de Hart était douce et modeste.

- Et vous voyez où cela l’a menée ! Fellows regarda par la fenêtre.

- Vous ne pourrez pas les sauver, vous savez. Ils sont au-delà de la rédemption. S’ils ne sont pas coupables de ce meurtre, ils le sont de quantité d’autres méfaits. Les Mackenzie laissent des ruines derrière eux.

- Nous brisons tout ce que nous touchons.

- Peut-être ne puis-je pas les sauver d’eux-mêmes, répondit Beth. Mais je peux les sauver de vous.

Pinçant les lèvres, Fellows regarda de nouveau par la fenêtre.

- Ah, les femmes…

Ian fixa Hart et Mme Palmer quelques secondes.

Où est Beth ? demanda-t-il enfin. Hart haussa les sourcils.

- Pas ici.

- Alors, j’ai trop à faire pour parler avec toi, décréta Ian en pivotant vers la porte.

- C’est de Beth que je veux te parler.

Ian fit demi-tour. Mme Palmer s’était levée et versait une mesure de whisky dans un verre.

- Beth ne comprend pas, dit-il.

- C’est ce que je pensais, fit Hart. Tu as épousé une femme perspicace et tenace. Est-ce un bien ou un mal pour notre famille ? Je l’ignore.

- Un sacré bien, je dirais, déclara Cameron. Je vais la chercher, ajouta-t-il en sortant.

Ian eut envie de le suivre, mais il savait que Cameron serait minutieux et opiniâtre.

- Quoi que tu penses d’elle, Beth est ma femme. Ce qui signifie que je la protégerai de toi.

- Mais qui la protège de toi, Ian ?

La mâchoire de Ian se crispa. Mme Palmer lui apporta son verre, dont les facettes de cristal prirent une teinte bleutée qui lui rappela les yeux de Beth. Il se laissa fasciner un instant.

- Ian.

Il sursauta et leva les yeux. Mme Palmer était revenue auprès de Hart. Appuyée à son fauteuil, elle lissait les revers de son habit.

- Oui ?

- J’ai dit que je voulais te parler.

Hart étira ses longues jambes. Ses cheveux d’un roux plus sombre que ses frères partaient du front en une vague épaisse. Certaines personnes le trouvaient beau, mais ce n’était pas l’opinion de Ian. Il avait vu les yeux de Hart devenir glacials et son visage durcir comme du granit. Il ressemblait trop à leur père.

Hart avait été le seul à pouvoir calmer les accès de panique de Ian, enfant. Lorsqu’une foule l’entourait, qu’il n’arrivait pas à suivre la conversation, encore moins à répondre aux questions, sa première impulsion était de se sauver. Il s’était sauvé de partout, de table au souper, de la maison, des diverses écoles où leur père l’avait mis, du banc familial de l’église. Hart le retrouvait toujours et le rassurait soit en lui parlant, soit en restant simplement assis à son côté.

À présent, Ian avait envie de fouiller le bordel en appelant Beth, mais, au regard de Hart, il devina que c’était inutile.

Il s’assit. Et jeta un regard gêné à Mme Palmer.

- Laisse-nous, mon amour, dit Hart à celle-ci.

Angelina Palmer hocha la tête avec un sourire et embrassa Hart sur les lèvres qu’il lui tendait.

- Bien sûr, répliqua-t-elle. Faites-moi appeler si vous avez besoin de moi.

Hart attrapa sa main quand elle se leva et la laissa glisser entre ses doigts. Ils formaient un couple depuis longtemps, à travers les hauts et les bas de la vie de Hart - son bref et malheureux mariage, l’avènement au duché, l’évolution de sa carrière politique. Lorsque Hart avait décidé de prendre ses distances, Mme Palmer avait accepté sa décision sans faire d’histoires.

Le regard de celle-ci ricocha sur Ian une fraction de seconde. Il sentit… de la peur ?

Elle sortit.

- Nous n’avons jamais parlé du drame qui s’est passé ici, il me semble ? lança Hart, une fois la porte refermée.

Dans cette même pièce, cinq ans auparavant, quatre hommes avaient ri et causé autour d’une table de jeu, pendant que Ian lisait un journal près de la porte. Les autres l’ignoraient, ce qui lui convenait parfaitement. Et puis, Sally avait tiré un fauteuil à côté du sien, s’était penchée par-dessus l’accoudoir et s’était mise à murmurer.

Hart interrompit ses souvenirs.

- Mieux vaut ne pas en parler, je l’ai toujours pensé.

- Je suis d’accord, dit Ian en hochant la tête.

- Pourtant, tu en as parlé à Beth.

Comment Hart le savait-il ? songea Ian. Avait-il trouvé Beth et l’avait-il fait parler ?

- Si tu lui fais du mal, je te tuerai.

- Jamais je ne lui ferai de mal, Ian. Je te le jure.

- Tu aimes faire du mal. Contrôler. Tu aimes voir les gens à tes pieds, se battre entre eux pour être le premier à te lécher les bottes.

Le regard de Hart vacilla.

- Tu ne retiens pas tes coups, aujourd’hui.

- J’ai toujours fait ce que tu me disais car tu prenais soin de moi.

- Et je prendrai toujours soin de toi, Ian.

- Parce que cela te convient. Tu ne fais que ce qui t’arrange, comme père.

Le front de Hart s’assombrit.

- Asticote-moi si tu veux, mais ne me compare pas à père. C’était un salaud, un homme cruel, et j’espère qu’il rôtit en enfer.

Il avait des accès de rage, comme moi. Il n’avait pas appris à les contrôler.

- Et toi, si ? s’enquit Hart d’une voix placide.

Ian se frotta légèrement la tempe.

- Je ne sais pas. Je ne sais pas si j’en serai jamais capable. Mais j’ai Curry, et Beth, et mes frères pour m’aider. Père n’avait personne.

- Tu n’es pas en train de prendre sa défense, quand même ?

Même Ian pouvait percevoir le ton incrédule.

- Enfer, non ! Mais nous sommes ses fils. Il est raisonnable de penser que nous sommes tous un peu comme lui. Impitoyables. Obsédés. Sans cœur.

- Je suis censé avoir une conversation avec toi, pas me faire sermonner.

- Beth est perspicace, reprit Ian. Où diable est-elle ?

- Pas ici, comme je te l’ai dit.

- Qu’as-tu fait d’elle ?

- Rien.

Hart laissa tomber son cigare dans un bol, et une fine spirale de fumée s’éleva.

- Franchement, je ne sais pas où elle est. Pourquoi as-tu supposé qu’elle viendrait ici ?

- Pour jouer au détective.

- Ah, bien sûr.

Hart vida son verre de whisky d’une seule lampée et le reposa sur la table.

- Elle veut que tu sois innocent. Elle t’aime.

- Non, elle aime son mari.

- C’est-à-dire toi.

- Je voulais dire, son premier mari. Thomas Ackerley. Elle l’aime, et elle l’aimera toujours.

Je l’imagine, concéda Hart. Mais j’ai vu la façon dont elle te regardait. Elle t’aime, et elle veut te sauver. Tu lui as dit de ne pas essayer, mais n’ai-je pas raison de penser qu’elle ne t’a pas écouté ?

Ian hocha la tête.