Nom
: 853467.
Prénom
: Samedi.
Caste
: inférieure.
Nom
: 853467.
Prénom : Samedi.
Caste : inférieure.
Utilité : zambo de compagnie.
Les Inaltérés possèdent tout, les zambos n’ont rien.
Je ne suis ni blanche, ni noire.
Je ne suis ni riche, ni puissante.
Je suis une zambo.
Les choses doivent changer.
Les choses vont changer.
Prénom : Samedi.
Caste : inférieure.
Utilité : zambo de compagnie.
Les Inaltérés possèdent tout, les zambos n’ont rien.
Je ne suis ni blanche, ni noire.
Je ne suis ni riche, ni puissante.
Je suis une zambo.
Les choses doivent changer.
Les choses vont changer.
-
Lecture finie-
Que
j'aime découvrir de nouveaux auteurs !
Je
me dis alors qu'il me reste encore tellement de livres géniaux à
lire sans même que je le sache.
Alors
je ne sais pas si je peux parler de coup de cœur mais j'ai
franchement pris un très grand plaisir à ma lecture.
Sorti
en France, il y a plus de deux ans, j'étais passée à côté de ce
livre et de cette auteure qui a une petite bibliographie. En fait le
livre a été écrit à quatre mains. Evie Lee n'a que ce seul livre
à son actif. Quant à Karen Lee, elle a publié uniquement la
série (5 tomes) le
clan du hameau.
Ce ne sont donc pas des auteures prolifiques mais
la qualité est là.
C.O.V.E
Abel s'inscrit dans univers dystopique mais qui emprunte beaucoup à
la science fiction. Il y a même beaucoup de références au cinéma
notamment au film ROBOCP. Ce sont des références pas du plagiat
car on a vraiment un
univers très novateur.
Le plus gros point positif du récit est que tous les ingrédients
sont distillés de manière très intelligente. On est happé par
les ressors du récit qui se dévoilent à certains moments clés
créant une histoire où l'attention
du lecteur ne peut jamais faiblir.
On
a univers de castes où chaque individu n'a pas la même valeur
selon son patrimoine génétique. C'est Samedi,
jeune zumbo tout en bas de l'échelle qui nous raconte son histoire
personnelle qui embrase « la grande histoire ». C'est à
dire le soulèvement de certains face à cette société corrompue.
Samedi a appris a caché ses qualités pour ne montrer que l'être
inférieur que tout le monde attend qu'elle soit. Le récit ne fait
pas d'ans l'introspection. Tant mieux , il n'en est que plus fluide.
C'est une jeune fille concise et très honnête. La narration est à
son image. J'ai beaucoup aimé le point de vue parce que
premièrement Sam est un personnage très charismatique et très
bien construit. Deuxièmement, on voit les rouages qui l'ont façonnés et qu'elle
a du mal à mettre de côté pour devenir un individu « à
part entière ».
Elle
est comme une esclave qu'on pensait incapable de raisonner
intelligemment. Lorsqu'elle est enlevée par des opposants
politiques, elle découvre une forme de liberté mais elle porte
encore « ses chaînes mentales ».
L'autre
personnage majeur est Abel
Cove
dont le livre porte le nom. C'est l'opposant qui enlève la jeune
fille. C'est un être complexe qui se dévoile vraiment très
lentement. Il est un personnage mais aussi l'élément majeur de
l'intrigue. Il
est l'intrigue.
Ne connaissant pas le roman avant, j'ai vraiment découvert toute la
construction du récit qui fait la part belle aux découvertes
fracassantes notamment en lien avec Abel.
De
plus, La Chronique des Passions ne pouvait pas faire l'impasse sur
la romance qui est magnifique. Et même si elle ne passe pas par des
déclarations enflammées, elle reste très forte. Là aussi c'est
une des réussites du livre qui impose une histoire d'amour sans en
parler ouvertement jusqu'à la toute fin.
-
Bref -
Une
réussite
Si
vous ne connaissez pas cette auteure,
venez
la découvrir avec ce magnifique livre ...
— Comment
tu fais ça ?
— Quoi ?
— Ne
jamais quitter ce ton neutre.
Sans
attendre de réponse, il commença à descendre, puis sauta à
mi-hauteur. Il se réceptionna souplement devant moi.
— Je
t’ai observée ces derniers jours. Tu quittes rarement ton air
impassible, tu parles en général peu ou pas, et quand tu le fais,
c’est toujours sur ce ton horrible.
Je le
regardai, ne sachant trop comment réagir à cette remarque.
— Tiens,
là, tu fais ton air inexpressif.
Je
baissai la tête.
— Ce
n’est pas un reproche.
Il se
tut, mais je le sentais curieux, et désireux d’obtenir une
réponse.
— Sais-tu
ce qu’est un zambo de compagnie ? murmurai-je.
— Eh
bien…
— Un
zambo de compagnie est un faire-valoir qui a pour qualités
principales d’être silencieux, discret, invisible même, qui ne
doit éprouver aucun sentiment ennuyeux, et qui connaît sa place
dans la hiérarchie en tant que créature insignifiante.
— Ce
que tu n’es pas.
— C’est
ce que j’ai appris à faire semblant d’être. Cela ne m’a pas
évité le pisteur, mais je crois que cela a été efficace en ce qui
concerne le lavage de cerveau.
Il
pâlit légèrement sur ces derniers mots.
— Eh
bien, le résultat est impressionnant. J’ai rarement vu quelqu’un
avec une telle maîtrise de soi.
Je
souris.
— Tu
n’étais pas dans la cuisine tout à l’heure lorsque j’ai parlé
à Zélia. D’après Aki, j’aurais « ouvert les vannes ».
Il
haussa les épaules.
— Zélia
fait cet effet aux gens.
Un
buisson tremblota, et le renardeau sortit soudain de sa cachette. Il
se précipita sur Cove qui se mit à sa hauteur et le caressa.
— Tu
te décides enfin, bourrique ? Sam a raison, on croirait que tu
as été dressé pour fuir quand on t’appelle !
Bis
lui donna de petits coups de museau.
— Qui
t’a offert Biscuit ?
Il
leva son regard sur moi.
— Karim.
Il pensait que cela m’aiderait. J’ai eu un renard comme lui dans
mon enfance.
— Cela
t’a aidé ?
— Moins
que toi.
Je
n’étais pas sûre d’apprécier d’être comparée à son animal
de compagnie.
Il rit
doucement.
— Ta
conversation est nettement plus intéressante, me signifia-t-il.
Enfin… quand tu parles.
— Hum,
grognai-je.
Biscuit
l’abandonna pour venir vers moi. Je m’accroupis à mon tour pour
lui prodiguer les caresses qu’il demandait.
— Il
n’est vraiment pas sauvage, commentai-je.
— Il
a été génétiquement modifié pour ne pas l’être.
Son
ton rude me laissa entendre qu’il ne parlait pas que de Biscuit.
— Et
toi ? murmurai-je.
— Quoi
moi ? aboya-t-il en bondissant sur ses pieds.
Je ne
me donnai pas la peine de préciser ma question. Il en avait
parfaitement compris le sens. Il me fixa d’un air agacé avant de
soupirer ostensiblement. Il enfonça ses mains dans ses poches si
brutalement que la gauche craqua.
— Merde,
jura-t-il.
Je me
concentrai sur Biscuit, le caressant avec douceur, laissant ainsi à
Abel l’opportunité d’échapper à ma question.
Il
envoya un coup de pied frustré dans une motte de terre.
— Je
ne transmettrai apparemment aucune cochonnerie à mes enfants.
— C’est
bien pour eux, répondis-je tranquillement, en me relevant.
— Il a
aussi déterminé la couleur des yeux.
J’inspectai
les prunelles en question.
— Bien
choisie, commentai-je sans réfléchir.
Il me
jeta un regard furibond.
— La
taille.
—
Avantageuse.
Son
regard s’étrécit un peu plus.
— La
couleur des cheveux, siffla-t-il.
— Le
noir va très bien avec le vert.
Que
m’arrivait-il ? Depuis quand parlais-je à tort et à travers
?
Il me
contempla en se demandant visiblement s’il devait m’étrangler.
Finalement se taire avait du bon. Depuis que je m’étais mise à
m’exprimer à haute voix, certaines choses m’échappaient. Comme
tout à l’heure avec Zélia. Comme maintenant. Et si je m’étais
sentie libérée en disant ses quatre vérités à Zélia, là je me
sentais affreusement gênée.
S’apercevant
de mon désarroi, il sourit fugitivement, avant de prendre son air
concentré.
— En
somme, je suis plutôt bien fait de ma personne.
— Ce…
ce n’est pas ce que j’ai dit.
— C’est
ce que tu as laissé entendre.
— Pas
du tout.
— Je
décèle un petit quelque chose dans ta voix…
Il fit
un pas en ma direction. Puis deux. Puis trois. Il était si près
qu’il me touchait presque. Je sentais son odeur. J’entendais sa
respiration. Je n’avais eu que très peu de contacts humains dans
ma vie de zambo. Cette proximité m’effraya soudain. Mais reculer
était la dernière chose à faire devant lui, j’en avais déjà
fait la pénible expérience dans le bureau.
— … un
petit quelque chose qui n’est pas si neutre que cela…
Il
s’approcha encore un peu plus de moi, et mit ses mains en collier
autour de mon cou. Sa peau était chaude, son contact exquis. Mon
taux d’adrénaline explosa dans mon sang. Je me sentais fébrile et
impuissante. Comment en étions-nous arrivés là ? J’avais
simplement dit… j’avais… plaisanté ? J’avais… j’avais
flirté ? C’était cela flirter ? Qu’avais-je fait,
ignorante que j’étais ? Je ne savais plus quoi faire. Comment
les choses avaient-elles pu déraper ainsi ?
Il me
fixa de ses yeux vert clair et un lent sourire étira ses lèvres.
— Samedi
853467. Tu as peur de moi.
— Non.
Pas du tout… je…
— Ton
cœur bat très vite, tu as les mains moites et tu as peur de moi.
—
Qu’est-ce
que tu veux ? chuchotai-je.
Il eut
un rire doux.
— C’est
vexant. J’avais vraiment l’impression d’être clair.
— Je…
— Tu
quoi ? Je ne m’y prends pas bien ?
Il
approcha ses lèvres des miennes et s’arrêta à quelques
centimètres de mon visage. Il ferma les yeux avant de bifurquer
légèrement, sa bouche se posa sur le bord de ma mâchoire. En un
baiser si doux que j’en frissonnais de la tête aux pieds.
— Je
crois que tu me plais, chuchota-t-il.
— Non…
Je
tentai de le repousser, mais sa bouche et ses mains étaient partout
à la fois.
— Tu
m’éveilles.
— Abel…
je ne crois pas…
— Ne
crois rien.
Il
s’empara de ma bouche et je me cramponnai à lui de toutes mes
forces. Je n’avais jamais embrassé personne, même pas sur la
joue. Les sensations m’étourdirent. Je lui rendis son baiser avec
une curiosité maladroite.
— Ah.
D’accord. Vous en êtes déjà là, grinça la voix désagréable
de Zélia.
Cove
sursauta et s’écarta de moi, l’air franchement déconcerté.
Je
n’aimais pas Zélia, mais pour une fois, j’étais contente de la
voir. Elle pinçait les lèvres d’un air réprobateur et dégoûté.
— Eh
bien ! Étonnant ce qu’on trouve dans le jardin au cours d’une
balade. Espèce d’hypocrite. Tu as choisi ton camp ? Tu fais
ce qu’il faut pour te rendre utile ? Maintenant je sais
pourquoi tu étais si pressée d’embrasser leur
cause.
Elle
nous contourna avec mépris.
— Une
zambo et un kidnappeur… beurk.
Sur
cette dernière pique, elle s’éloigna, telle une reine outragée.
Imperméable
aux critiques de Zélia, je baissai la tête totalement déboussolée
par ce qui venait de se passer entre Abel et moi.
— Je
suis désolé.
Sa
voix confuse me fit redresser la tête.
Je
reconnus l’air étrange qu’il avait arboré la veille, quand il
me parlait comme s’il me connaissait depuis longtemps. Je reculai
d’un pas. Il m’avait de nouveau confondue avec la femme à
laquelle je ressemblais. Véritablement dégrisée, je m’éloignai
de lui.
— Sam,
je ne sais pas trop ce qui m’a pris.
Moi,
je le sais.
Je lui
offris mon plus beau visage indifférent.
— Ne
t’inquiète pas. Cela n’a aucune sorte d’importance.
— Sam,
tu n’es pas là pour… je ne voulais pas…
— Je
le sais, l’interrompis-je. Je vais rentrer. À plus tard.
Bouleversée
et humiliée, je me dirigeai vers la maison, une drôle de sensation
sur les lèvres, pressant le pas et me demandant ce que l’on
pouvait bien ressentir lorsque l’on était aimé.
Il
s’éveilla enfin, après cinquante heures d’inconscience, me
surprenant, endormie, avachie sur son lit et entortillée dans son
drap.
— Sam ?
J’attendais
de réentendre le son de sa voix depuis si longtemps que j’ouvris
les yeux presque instantanément. Émue, je le dévisageai sans
pouvoir prononcer un mot. Il me rendit mon regard avant d’inspecter
son corps, passant la main sur les bandages. Il avisa sa jambe
droite.
— Oh.
Nouveau matériel, à ce que je vois.
Il
tira maladroitement sur le drap, que je m’empressai de lui rendre,
pour en recouvrir sa jambe, et son torse. Il me regarda à nouveau et
la confusion qui voilait ses yeux verts laissa place à une
compréhension furieuse. On aurait dit qu’il se rappelait tout à
coup quelque chose de très désagréable.
— Tu
as l’air fatiguée, commenta-t-il sèchement.
—
J’attendais
que tu te réveilles, chuchotai-je, bouleversée.
— C’est
fait.
Ses
traits tirés n’atténuaient pas la dureté subite de son regard.
— Va
dormir dans ton lit, m’ordonna-t-il d’un ton belliqueux.
Je ne
comprenais pas cette agressivité soudaine.
— Comment
tu te sens ?
—
Qu’est-ce
que cela peut te foutre ?
Cette
amertume n’avait rien à voir avec l’Abel que je connaissais.
Il
s’agita dans son lit avant de m’asséner brutalement :
— Ta
présence me dérange.
— Tu
peux me dire ce qu’il t’arrive ?
— Tu
parles dans ton sommeil. C’est édifiant ce que l’on peut
apprendre de cette manière.
— Hein ?
Et là,
il se détourna. Et ça, c’était tout bonnement inacceptable pour
moi. Mon cœur se mit battre si fort que j’avais l’impression
qu’il pouvait l’entendre. Mue par un instinct que je ne me
connaissais pas, je montai sur le lit.
— Sam.
— Je
te fais mal ?
— Oui.
— Eh
bien tant mieux. Parce que tu es odieux.
Je
soulevai le drap et dévoilai sa poitrine nue lézardée de balafres.
— C’est
ce que tu fais ?
— Je
ne sais pas, avouai-je.
—
Descends,
gronda Abel.
Je me
penchai pour embrasser une à une ses cicatrices, suivant le chemin
que chacune d’elles avait tracé dans sa peau.
— Sam,
arrête, siffla-t-il en tentant de me repousser de son bras droit.
Je ne
pouvais pas. Je lui saisis la main et déposai un baiser dans sa
paume. Ses traits se brouillèrent.
Mes
lèvres poursuivirent leur exploration, tout en faisant de nombreuses
haltes que leur permirent mes mains qui avaient encore repoussé le
drap. Hanches. Ventre. Poitrine. Elles remontèrent pour se perdre
dans le cou, où palpitait, affolé, le sang du cyborg. Il m’attrapa
doucement, mais fermement par les cheveux. Il tira légèrement afin
de me relever la tête. Tout en scrutant mon visage, il relâcha
gentiment sa poigne. Je le fixai avec tant d’amour qu’il fut
perdu. Je posai maladroitement les lèvres sur les siennes, submergée
de tendresse. Il posa ses mains sur mes épaules et me repoussa, sans
pour autant me lâcher.
—
Penses-tu
réellement que je suis monstrueux ?
— Je
n’ai jamais pensé ça.
— Tu
as dit que j’étais incapable de veiller sur toi, que j’étais
dangereux.
— Tu
ne l’es pas.
— Que
je n’étais jamais sincère. Parce que les Inaltérés ne l’étaient
jamais. C’est tout ce que je suis à tes yeux, un Inaltéré ?
gronda-t-il.
— Non.
— Tu
l’as pourtant dit.
— Abel,
je ne parle pas en dormant, mais Zélia, si. Je le sais, cela fait
deux nuits que je dors dans sa chambre.
— Je
ne vois pas le rapport.
— Zélia
a passé beaucoup de temps à veiller sur toi.
— Hein
?!
Il
hésita.
— Zélia ?
— Et
je l’ai surprise plus d’une fois en plein cauchemar. Ce n’est
pas de toi dont elle rêve. Mais de son père.
— Hmm,
grogna-t-il.
C’était
le moment de lui dire. Quand j’avais encore le courage de le faire.
Je pris une inspiration angoissée.
— Je
ne t’ai jamais trouvé monstrueux, ni dangereux, et je sais qu’il
n’y a pas plus sincère que toi. C’est en partie pour cette
raison que je t’aime.
Il
recula très nettement. Terrorisée, le cœur brisé d’anticipation,
je glissai au bas du lit, et répétai :
— Je
t’aime, Abel.