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mercredi 18 juillet 2018

Le Bureau des jardins et des étangs de Didier Decoin


Sortie : 10 janvier 2018
Éditeur : Le Livre de Poche
Collection : Littérature
Nombre de pages : 384 pages



Empire du Japon, époque Heian, xiie siècle. Être le meilleur pêcheur de carpes, fournisseur des étangs sacrés de la cité impériale, n’empêche pas Katsuro de se noyer. C’est alors à sa jeune veuve, Miyuki, de le remplacer pour porter jusqu’à la capitale les carpes arrachées aux remous de la rivière Kusagawa.
Chaussée de sandales de paille, courbée sous la palanche à laquelle sont suspendus ses viviers à poissons, riche seulement de quelques poignées de riz, Miyuki entreprend un périple de plusieurs centaines de kilomètres à travers forêts et montagnes, passant de temple en maison de rendez-vous, affrontant les orages et les séismes, les attaques de brigands et les trahisons de ses compagnons de route, la cruauté des maquerelles et la fureur des kappa, monstres aquatiques qui jaillissent de l’eau pour dévorer les entrailles des voyageurs. Mais la mémoire des heures éblouissantes vécues avec l’homme qu’elle a tant aimé, et dont elle est certaine qu’il chemine à ses côtés, donnera à Miyuki le pouvoir de surmonter les tribulations les plus insolites, et de rendre tout son prestige au vieux maître du Bureau des Jardins et des Étangs.
(Source : Stock)






Scénariste et écrivain, Didier Decoin est notamment l’auteur de John l’Enfer (Seuil, prix Goncourt 1977), La Femme de chambre du Titanic (Seuil, 1991), Est-ce ainsi que les femmes meurent ? (Grasset, 2009), et, chez Stock, de Henri ou Henry, le roman de mon père (2006), Une Anglaise à bicyclette (2011). Il est membre de l’académie Goncourt et président des Écrivains de marine. 

 


 
Miyuki s'imaginait que les gens aisés vivaient au milieu d'un fouillis permanent, à l'exemple des paysages dont c'était la confusion qui faisait toute la beauté. Ainsi la rivière Kusagawa n'était-elle jamais plus exaltante à contempler qu'après une forte averse, lorsque les torrents qui l'alimentaient la chargeaient d'eaux brunes, terreuses, où tourbillonnaient des fragments d'écorce, des mousses, des fleurs de cresson, des feuilles pourrissantes, noires, crispées; alors la Kusagawa perdait son aspect miroitant, se couvrait de cercles concentriques, de spirales d'écume qui la faisaient ressembler aux tourbillons du détroit de Naruto, dans la Mer intérieure.




Les dieux avaient créé le néant pour persuader les hommes de le combler. Ce n'était pas la présence qui régulait le monde, qui le comblait: c'était le vide, l'absence, le désempli, la disparition. Tout était rien. Le malentendu venait de ce que, depuis le début, on croyait que, vivre, c'était avoir prise sur quelque chose, or il n'en était rien, l'univers était aussi désincarné, subtil et impalpable, que le sillage d'une demoiselle d'entre deux brumes dans le rêve d'un empereur.
Un monde flottant.

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