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mercredi 24 décembre 2014

A toi jusqu'à l'aube - Teresa Medeiros


-Qui est-ce ? demanda-t-il en fixant un point au dessus de son épaule gauche. Que veut-elle ?
Avant que les deux serviteurs aient le temps de balbutier quelque réponse, Samantha déclara d'un ton ferme :
-"Elle", monseigneur, c'est Mlle Samantha Wickersham, et "elle" est venue solliciter un poste d'infirmière auprès de vous.
Le compte baissa un peu les yeux et esquissa un sourire, comme s'il s'amusait de trouver sa proie si petite.








Pour impressionner Cecily Match, dont il est éperdument amoureux, Gabriel Fairchild, jeune aristocrate trop gâté par le destin, s’enrôle dans la Navy et part combattre la flotte napoléonienne. S’il se distingue par son courage durant la bataille de Trafalgar, il y est gravement blessé et perd la vue. Humilié, persuadé d’être devenu un objet de répulsion pour son entourage, Gabriel se cloître dans son domaine de Fairchild Park et, loin des regards curieux, plonge dans une profonde dépression. Lorsque Samantha Wickersham, engagée comme infirmière par la famille de Gabriel, arrive au château, le héros de Trafalgar s’est transformé en véritable épave. Qui reconnaîtrait le comte de Sheffield sous les traits de cet individu hirsute, débraillé et d’une saleté repoussante ? Lorsqu’il n’est pas totalement prostré, Gabriel affecte des manières agressives et d’une insupportable grossièreté. Mais il en faudrait davantage pour décourager Samantha !



Cette histoire est tout simplement poignante. 
J'ai découvert cette auteure à travers ce livre et je crois que j'en lirai beaucoup d'autres. Les dialogues nous plongent dans un univers et une complicité entre les deux personnages vraiment superbes.
Je mous mets deux morceaux choisis.





- ... Je vous ai trompé, non? Mais l'ennui, c'est que je me suis trompée aussi. Je pensais pouvoir racheter mes fautes en vous aidant à surmonter votre cécité.
Elle leva les yeux vers lui sans plus se soucier de dissimuler ses sentiments.
- Mais la vérité, c'est que j'aurais tout risqué, y compris votre haine, simplement pour être de nouveau près de vous.
Une vieille douleur assombrit le regard de Gabriel.
- Si vous vouliez à ce point être près de moi, pourquoi vous êtes-vous enfuie, à l'hôpital? Etais-je à ce point répugnant?
Elle effleura doucement sa cicatrice du doigt.
- Je ne suis pas partie parce que votre apparence m'horrifiait, mais parce que je m'horrifiais moi-même. A cause de ce que je vous avais poussé à faire au nom de quelque caprice puéril. Je voulais que vous gagniez mon coeur en luttant contre un dragon. Je ne m'étais pas rendu compte que dans le monde réel, la plupart du temps, c,est le dragon qui gagne... Je me reprochais votre cicatrice, votre cécité, et je ne voyais pas comment vous auriez pu me pardonner.
- Vous pardonner quoi? D'avoir voulu me rendre meilleur?
- De ne pas avoir aimé suffisamment l'homme que vous étiez. Je suis retournée à l'hôpital le lendemain, mais vous étiez déjà parti.
Gabriel contempla sa tête penchée, ses boucles blondes. En cet instant, elle était Cecily, la jeune fille qu'il avait aimée. Et Samantha, la femme qui l'avait aimé.
- Vous aviez raison, murmura-t-il, je ne vous aimais pas. Vous l'aviez dit vous-même. Je ne vous connaissais pas vraiment. Vous n'étiez qu'un rêve.
A ces mots, Cecily sentit son cœur se fendre en deux. Elle se détourna pour lui cacher ses larmes.
Mais il lui releva le menton, l'obligeant à croiser son regard.
- Mais maintenant, reprit-il, je vous connais. Je sais combien vous êtes courageuse, et sotte, et entêtée. Je sais que vous êtes deux fois plus intelligente que moi. Je sais que vous ronflez comme un ourson. Je sais que vous avez mauvais caractère, la langue acérée, et que vous ne mâchez pas vos mots. Je sais que vous faites l'amour comme un ange et que sans vous ma vie est un enfer.
Il prit son visage entre ses mains, les yeux brillants d'un tendre désir.
- Avant, vous étiez un rêve. A présent, vous êtes un rêve devenu réalité.



Dites-moi, Beckwith, à quoi ressemble notre Mlle Wickersham ? Je n'arrive pas à imaginer l'aspect de cette tracassière créature. La seule image qui me vienne à l'esprit est celle d'une vieille femme desséchée, ricanante, penchée sur un chaudron fumant.
Samantha s'immobilisa, paniquée. Elle effleura ses lunettes de la main, puis ses cheveux d'un triste châtain qu'elle avait noués en chignon sévère sur la nuque.
Prise d'une brusque inspiration, elle se mit dans le champ de vision de Beckwith, un doigt sur les lèvres, le suppliant en silence de ne pas révéler sa présence.
Le majordome essuya son front moite, visiblement déchiré entre sa loyauté vis-
à-vis de son maître et le regard implorant de Samantha.
— Je suppose qu'on pourrait la décrire comme... indéfinissable.
— Allons, Beckwith, vous pouvez mieux faire. Ses cheveux sont-ils blond-blanc ?
Ou gris terne ? Ou encore noirs comme la suie? Les porte-t-elle courts? Ou en tresses attachées autour de la tête ? Est-elle aussi ratatinée et osseuse qu'elle en donne l'impression ?
Beckwith lança un regard éperdu à Samantha. En réponse, elle gonfla les joues et dessina un large cercle avec ses mains.
— Oh, non, monseigneur! C'est plutôt une femme... corpulente.
Gabriel fronça les sourcils.
— Jusqu'à quel point ?
— Oh, environ...
Samantha montra deux fois dix doigts.
— Environ... cinq cents kilos.
— Cinq cents kilos ! Seigneur, j'ai monté des poneys moins lourds que ça !
Samantha leva les yeux au ciel.
— Non, pas cinq cents, monseigneur, se reprit Beckwith. Cent kilos.
Gabriel se frotta le menton.
— C'est curieux. Elle a le pas léger pour une personne aussi lourde. Et quand je lui ai pris la main, j'aurais juré...
Il secoua la tête.
— Et son visage? reprit-il.
— Eh bien, fit Beckwith, tentant de gagner du temps tandis que Samantha posait les doigts sur son petit nez en faisant mine de l'allonger, elle a un grand nez pointu.
— Je le savais ! triompha Gabriel.
— Et des dents comme...
Beckwith ouvrit de grands yeux tandis que Samantha pliait deux doigts au-dessus de son crâne.
— Un âne ? risqua-t-il.
Elle secoua la tête et fit avec ses mains de petits mouvements imitant le saut.
— Un lapin !
Pris par le jeu, le majordome faillit applaudir.
— Elle a des dents comme un lapin, répéta-t-il. Gabriel eut un petit reniflement satisfait.
— Qui doivent aller particulièrement bien avec son visage chevalin.
Samantha désigna son menton.
— Et sur le menton, continua Beckwith qui s'amusait de plus en plus, elle a une grosse verrue avec...
Samantha agita trois doigts.
— ... trois énormes poils frisés. Gabriel frissonna.
— C'est encore pire que ce que je craignais. Je ne sais pas pourquoi j'imaginais...