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jeudi 28 août 2014

Une Lady, sinon rien de Meredith Duran



Licenciée, une mère malade à charge et un demi-frère alcoolique… Nell Whitby collectionne les malheurs. Et si elle n’était pas qui elle pense être depuis toujours ? Sa ressemblance avec lady Katherin, qu’elle a aperçue en photo, est tout de même des plus troublantes. Lady Katherin, la fille du défunt comte de Rushden… dont le titre vient d’être hérité par Simon St Maur.










Le coeur empli de haine, Nell Whitby s'introduit en pleine nuit chez le comte de Rushden qui, d'après les dernières paroles de sa mère, serait son père. Or, ce n'est pas un vieillard qu'elle vise avec son révolver, mais un splendide jeune homme. "Vous êtes lady Cornelia, lui dit le nouveau comte, la fille légitime de mon prédécesseur, enlevée à l'âge de six ans. Et vous avez une jumelle, Kitty." Dans la foulée, il lui propose un marché : il l'arrache à sa condition d'ouvrière et lui rend sa place dans la société, en échange Nell partagera avec lui son héritage. Tout ce qu'elle a à faire...c'est de l'épouser.






 

Meredith Duran est une auteure qui se démarque des autres homologues. Elle est un bon métissage entre la romance historique traditionnelle et celle plus actuelle.
Son style est vraiment original et se démarque aussi.
On est encré dans un réalité historique notamment la lutte des classes ouvrières . L'héroïne est issu de celle-ci et rien n'est édulcorée.
La romance des deux tourtereaux et tout sauf un coup de foudre. Et j'ai beaucoup apprécié les dialogues des deux héros qui sont très mordants.

Bref, un bon moment de lecture !


Non ! s'exclama-t-il, exaspéré. Vous ne m'avez jamais admiré. Mais vous saviez pouvoir vous appuyer sur moi, et c'est ce que vous faites en ce moment même. Cette voiture, la maison, la serrure sur la porte de votre chambre, les vêtements que vous portez... Tout cela m'appartient. Je pourrais vous les reprendre, ou bien m'en servir contre vous. Je pourrais verrouiller les portes et ordonner aux domestiques d'oublier votre existence. Je peux agir à ma guise. Et, pourtant, je ne vous vois pas trembler de peur.
C'est peut-être une erreur de ma part, chuchota-t-elle.
Alors décidez-vous ! Suis-je un salaud capable du pire ? Ou bien est-ce vous qui, par lâcheté, refusez d'admettre vos sentiments ?
La voiture s'arrêta dans un cahot. Le silence retomba dans l'habitacle.
Alors ? insista-t-il.
Nell restait muette, une expression rebelle sur les traits. Il retomba sur son siège.
Très bien. Laissez-moi vous débarrasser du fardeau de la lâcheté. J'embrasse volontiers le rôle de l'ordure. Vous ne me quitterez pas, Cornelia Saint-Maur. Je vais vous garder, que vous le vouliez ou non.
La portière s'ouvrit. Elle le regardait toujours, sans bouger. Puis, tout à coup, elle sauta sur ses pieds et descendit de voiture, ignorant la main que lui tendait le valet pour l'aider.
La rage de Simon s'évapora. Une vague de dégoût l'assaillit. Jamais il ne s'était senti plus proche de ses ancêtres. « Que vous le vouliez ou non » : ces mots auraient pu sortir de la bouche du vieux comte.




L'extrait :
Je me dois de vous rappeler la discussion que nous avons déjà eue au cas où les choses tourneraient mal, se borna-t-il à dire.
Il n'en est pas question, gronda Simon entre ses dents.
En vérité, ils en étaient bien réduits à cette extrémité, admit Nell.
Elle s'éclipsa. Simon la rattrapa dans l'escalier. Elle lui fit face.
Daughtry a raison, dit-elle avec calme. Notre cause est perdue.
Vous n'allez quand même pas vous résigner !
Il ne s'agit pas de résignation, plutôt de stratégie.
D'une voix sourde, il répliqua :
Bonté divine, Nell, vous ne comprenez donc pas que je vous aime ?
Elle le dévisagea comme si elle n'avait pas entendu ces mots qui compliquaient la situation.
Eh bien, c'est regrettable, articula-t-elle, avant de gravir rapidement les marches restantes.
Le piétinement derrière elle l'avertit que Simon la suivait. Elle poursuivit sans se retourner.
Comme elle pénétrait dans le salon, la porte claqua dans son dos. Lentement, elle se tourna vers lui.
Il avait l'air anéanti. Épuisé.
Jamais je ne vous laisserai partir, dit-il. Vous n'avez donc pas compris ?
Il s'approcha d'elle et, d'une main, lui prit la joue, glissa les doigts dans ses cheveux, sans crainte de la décoiffer. Nell le considéra sans mot dire. L'amour faisait donc partie de l'équation, alors qu'ils étaient sur le point de tout perdre et qu'elle était devenue une criminelle.
C'est l'argent que vous vouliez, Simon, lui rappela-t-elle, bien que chaque mot lui coûtât.
Il l'aimait. Et elle aussi l'aimait. Elle allait devoir garder le secret, car demain, après-demain ou plus tard, il s'en irait. Il n'y aurait rien pour le retenir lorsque, dans un sursaut de lucidité, il se découvrirait pauvre comme Job.
Pour le moment, il s'en défendait. Mais que connaissait-il de la misère, de ce qu'elle impliquait ? Il vivait à crédit, mais ses créanciers ne l'entretiendraient pas éternellement. La vie deviendrait plus difficile. Et plus de piano pour l'adoucir.
Avait-il songé à cela ?
Oui, l'argent, soupira-t-il. C'est ce que nous voulions tous les deux. Mais il n'est pas encore temps de s'avouer vaincu.
Elle retint un rire amer. Il n'avait pas encore l'habitude de se heurter aux dures réalités. Daughtry avait plus les pieds sur terre que lui. Elle-même n'avait jamais perdu de vue que cette aventure était un pari fou. Et un bon joueur sait toujours quand se retirer de la partie.
S'il la retenait ici, elle irait en prison et il devrait faire face à la banqueroute. Tous deux souffriraient et se dégraderaient petit à petit, pour des raisons différentes.
L'un d'eux au moins devait se montrer raisonnable. Celui des deux qui avait le plus à perdre : elle.
Elle se remémora la conversation qu'elle avait eue avec Hannah dans la voiture, il y avait une éternité, lui semblait-il. Les robes. Elle avait promis d'emporter les robes.
Nell, regardez-moi.
Elle fixait un point invisible, au-dessus de son épaule droite. Cette certitude que les choses tourneraient finalement en leur faveur lui paraissait arrogante. L'amour ne suffisait pas. Pas pour ceux de Bethnal Green, pas lorsque leur futur était en jeu.
 — Bon Dieu, vous êtes vraiment lâche ! s'emporta-t-il.
Lâche ? Peut-être, admit-elle. Elle ne pouvait supporter l'idée que la loi les séparerait de toute façon. Avec ou sans amour, leur destin était maudit.
Tout à coup il posa sa bouche sur la sienne. Elle émit un petit son étouffé, mais, d'un geste automatique, referma les bras sur lui pour se suspendre à son cou.
La douleur qu'elle avait tant de mal à contenir explosa dans sa poitrine. Elle l'embrassa avec toute l'intensité de son désespoir. Sans savoir comment, elle se retrouva étendue sur le lit. Il l'embrassait avec fièvre, ses mains parcouraient son corps, et elle se cramponnait à lui, comme si elle craignait qu'il ne s'évapore.
Une voix stridente - peut-être son instinct de survie - hurlait en elle comme pour la mettre en garde. Si un enfant naissait de cette union, la route semée d'embûches qui l'attendait se révélerait plus dure encore.
Elle s'en moquait : la vie lui avait dénié un million de choses, le bonheur de connaître sa vraie famille n'étant pas la moindre. À présent, elle allait bientôt lui enlever Simon. La vie était cruelle et impitoyable.
Elle lui donna un coup de poing dans le dos. Il comprit sa frustration, sa révolte, la regarda dans les yeux. Elle lui arracha sa veste, la jeta par terre, lui déchira sa chemise par impatience, planta ses dents dans le muscle solide du bras. Cette peau lisse, souple, dorée, manquait de marques et de cicatrices. Elle y enfonça ses ongles et le sentit tressaillir, fouaillé par le désir.
Tandis qu'elle lui embrassait la poitrine, le goûtait de la langue, il retroussa ses jupes d'une main fébrile, déchira quelques ourlets dans sa hâte.
Ils roulèrent sur le lit, bras et jambes emmêlés, dans un combat qui les menait tous deux vers le même assouvissement.
Lorsqu'il entra en elle, elle se cabra dans un éblouissement et, faisant taire la voix dans sa tête, s'efforça de ne plus penser qu'à l'instant présent. Et au plaisir.
Mais le plaisir faisait mal, devenait insupportable dans son crescendo ; son courage l'abandonna tout à coup et, comme un frémissement le secouait, elle cacha son visage contre son torse pour qu'il ne voie pas couler ses larmes.

Lorsque Simon s'éveilla au matin, elle était partie


Les rideaux n'étaient pas tirés. Par la croisée ouverte lui parvenait le bruissement du feuillage des arbres, l'infime piétinement d'une créature nocturne qui devait se faufiler dans le jardin. La lune cernée de nuages éclairait faiblement les rosaces du tapis oriental.
Un triste sourire lui échappa. Elle avait suffisamment le sens de la dramatisation pour apprécier cette incursion bienvenue de la nature au moment de la grande scène finale.

Encore un pas, puis se dresser dans le halo de lumière argentée et pointer son arme en direction du lit.

— C'est Nell qui vient vous rendre visite, milord,
déclara-t-elle à voix haute. Réveillez-vous et affrontez la mort de face, comme un homme.
Une voix indolente s'éleva sur sa droite :
— Comme un homme ?