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À la recherche du plaisir de Elizabeth Essex


Couverture de A la recherche du plaisir




Le rêve de Lizzie Paxton est de devenir veuve — si seulement elle pouvait ne pas passer par la case mariage et mari.


(Trad BdP)

Le rêve de Lizzie Paxton est de devenir veuve — si seulement elle pouvait ne pas passer par la case mariage et mari. Lorsque son ami d'enfance le Capitaine James Malowe lui propose un mariage qui n'en a que le nom, elle accepte, sachant qu'elle aura cette indépendance qu'elle désire par-dessus tout dès qu'il prendra le large. Bien que James soit le seul homme à qui Lizzie accorde sa confiance, elle ne peut en revanche pas faire confiance à ce désir scintillant qu'il évoque en elle.

James sait qu'il ne peut s'engager avec qui que ce soit, qui plus est avec son futur incertain. Mais il ne peut s'empêcher d'entendre la déclaration de Lizzie. Bien qu'il lui ait promis un mariage de convenance, il ne perd pas de temps à la séduire et l'emmener au bord du précipice du désir. Pourtant, même sa belle femme ne peut le détourner de sa mission.

Quand Lizzie découvre que son mari lui a menti, James doit choisir entre sa dévotion et son devoir, et la loyauté envers la femme avec laquelle il ne peut vivre sans...






L'avis :
On est vraiment ici dans la romance historique traditionnelle.

Tous les codes sont respectées. Jamie aime secrètement Lizzie depuis l'enfance malgré le fait qu'ils aient été séparé pendant dix ans.

Leurs retrouvailles se fait avec mille étincelles mais je n'ai été que peu éblouie.

Je vous mets les seuls passages qui m'ont plu.



L'extrait :
Elle garda ses distances, mais ne cessa pas de le tenir en joue. Ils traversèrent le jardin en friche clos de murs et pénétrèrent dans une serre. Le clair de lune filtrait à travers les carreaux sales.

Jamie avança dans l'allée flanquée de tables vides et se retourna.

Ferme la porte. Je ne veux pas qu'on entende notre conversation.

Il n'y a personne d'autre que toi et moi ici. Et tes anciens camarades de la Navy, que tu as embauchés pour t'aider dans ce commerce illégal auquel tu t'adonnes.

Lizzie, je ne suis pas un trafiquant et ceci n'est pas un jeu.

Qu'est-ce que c'est dans ce cas ?

Comme il ne répondait pas, elle reprit :

Tu veux que je te dise ce que j'en pense ? À mon avis, tu as feint ta propre mort pour te débarrasser de moi afin que tes petits camarades et toi puissiez-vous livrer à votre trafic en toute tranquillité dans mon jardin. Navrée de gâcher ce charmant moment, Jamie, mais tu es ici chez moi. C'est une propriété privée et tu es entré sans ma permission. Fiche le camp, ajouta-t-elle en indiquant la porte avec son fusil.

Ce n'est pas ta propriété.

Oh que si ! Tu es mort ! Tu devras aller plaider ta cause à la cour de la chancellerie pour récupérer ce domaine.

Lizzie, tu te trompes. Ce ne sera pas nécessaire. J'ai pris toutes les dispositions légales avant de me lancer.
Ses paroles lui firent l'effet d'une gifle. La douleur se répercuta à travers tout son corps, la faisant vaciller.
Comme c'est flatteur d'apprendre que tu as pris des « dispositions légales » tandis que tu projetais de m'utiliser et de m'escroquer, répliqua-t-elle d'une voix hachée.
Conscient de ce qu'il venait de dire, il eut la bonne grâce de paraître embarrassé.
Lizzie, je sais que je t'ai causé beaucoup de tort, quoique sans le vouloir. Mais je ne t'ai pas escroquée. Je t'ai proposé un marché que tu as accepté. Et j'ai respecté ma part du contrat. Je t'ai donné le contrôle de ma fortune. Et tu l'as toujours. Je ne suis pas revenu sur ma parole.
Notre accord ne précisait pas que je serais jetée en prison et risquerais la pendaison. Il est vrai, en revanche, que j'ai la mainmise sur l'argent, comme tu me l'avais promis. Ce qui m'incite à me demander pourquoi. Il demeura silencieux.


Tu ne peux rien me dire, c'est cela ? reprit-elle. Pour une raison ou pour une autre, tes lèvres sont scellées. Intéressant.

Lizzie, je sais que tu es blessée et en colère, murmura-t-il d'une voix vibrante de regrets. Tu en as le droit. Je suis désolé.

Je ne suis pas blessée.

Le terme était trop faible pour décrire l'état dans lequel il l'avait plongée.

Je suis furieuse, lui cracha-t-elle à la figure. Plus encore que lorsqu'on l'avait jetée en prison.

A ce moment-là, elle était persuadée qu'il s'agissait d'une erreur. A présent, elle savait que la seule erreur, c'était elle qui l'avait commise. En lui faisant confiance.

Une amertume et une rage incommensurables l'habitaient.

Tu m'as laissée pourrir dans ce trou à rats ! explosa-t-elle. J'étais si mal que je dépérissais. On a bien failli me pendre !

Les sanglots qu'elle retenait tant bien que mal lui rongeaient la gorge comme de l'acide.

Lizzie, arrête, je t'en supplie. Je ne pouvais rien faire. J'étais pieds et poings liés. Mais je t'ai envoyé de l'aide.

Quelle aide ? Si je suis sortie de cet enfer, c'est parce que ma mère a fait des pieds et des mains pour me trouver un avocat convenable.

Il fourra les mains dans ses poches.

Je sais. Ta mère a été merveilleuse. Et lord deHavilland remarquable. Mais sache qu'elle n'a pas agi seule. Tu n'as jamais été seule.

Je n'ai jamais été aussi seule de toute ma vie, rétorqua-t-elle. Et j'ai bien l'intention de le rester. Alors, ta bande de salopards et toi feriez bien de décamper de chez moi tant qu'il en est encore temps.

Mon Dieu, articula-t-il en se pinçant l'arête du nez. Ton langage, Lizzie. Rappelle-moi d'étrangler Maguire.

Tu ferais mieux de t'agenouiller devant lui et d'écouter ses conseils. Cet homme en sait plus sur ce qui se trafique sur la côte que vous n'en découvrirez jamais, McAlden et toi. Vous êtes novices. Il a de l'expérience.

Jamie esquissa un pas vers elle.

Que sais-tu au juste, Lizzie ?

Elle avança aussi d'un pas.

Non. Que sais-tu toi ?

Il détourna les yeux. Il ne lui dirait rien, elle le sentait. Il ne lui faisait pas confiance.

Le goujat.

Qu'à cela ne tienne, elle continuerait à mener sa propre enquête. Le lendemain, quand elle explorerait la grotte avec Maguire, elle trouverait le passage secret qui la reliait vraisemblablement à la maison.

Un silence glacial tomba entre eux, que Jamie rompit en lâchant un soupir exaspéré.

Je connais cette expression, Lizzie. Pour l'amour du ciel, reste en dehors de cela. Laisse-moi m'en occuper.

T'occuper de quoi ? Des contrebandiers ? Du domaine ? Tu ne peux pas. Tu es mort.

Écoute-moi, bon sang ! s'emporta-t-il, se rapprochant d'elle. Nous sommes déterminés. Je suis déterminé à avoir le dernier mot. Tu m'as compris ?

Pour ton propre bien, mets ce fusil de côté et fais ce qu'on te demande. Tu n'as pas idée de l'enjeu.

Il la dévisagea longuement. Lizzie détourna la tête. Maudit soit-il. Pas question de céder. Il ne suffisait pas qu'il pose sur elle ses yeux magnifiques pour l'amadouer.

Elle campa sur ses positions.

Je ne vois pas les choses du même œil. Tes projets, pour lesquels tu étais prêt à me sacrifier, peuvent aller au diable. A ce stade, j'aurais presque envie de te savoir mort.

Bonté divine, Lizzie, rétorqua-t-il en agrippant le canon de son fusil, qu'elle pointait toujours sur lui, et en le détournant, pourquoi refuses-tu que je te protège ? C'est peut-être ton père qui m'a forcé à embrasser cette carrière, ton père ultra protecteur, avec ses notions aristocratiques de ce qui est bien ou pas pour sa fille. Mais aujourd'hui, il s'agit de ma carrière, et je n'ai jamais au grand jamais manqué à mon devoir ni failli à une mission que l'on m'a confiée. Ce que je suis, ce pour quoi je me bats est en jeu dans cette affaire, y compris toi. Alors, je ne te laisserai pas tout gâcher.

Sentant le sol se dérober sous ses pieds, Lizzie se cramponna au rebord d'une table à semis.

Qu'as-tu dit ? murmura-t-elle.

J'ai dit que ce pour quoi je me bats...

Non, avant. Tu as dit que mon père t'avait forcé... ?

C'était insensé. Comment son père pouvait-il être responsable du choix de carrière de Jamie ?

Il devait l'être. Elle voyait dans son regard que Jamie disait la vérité. Il recula d'un pas. Un jet de bile remonta dans sa gorge et son estomac se noua.

Tu ne le savais pas ? Tu penses que je vais te croire ? Toi qui étais au courant de tout ce qui se passait à Dartmouth ? Toi qui fourrais ton nez partout ?

Non, elle n'en avait rien su, car à l'instant où il était parti, elle avait cessé de s'intéresser à ce qui se passait autour d'elle. A quoi bon si elle ne pouvait partager ses découvertes avec lui ?

Comment t'a-t-il forcé ?

De la manière habituelle : ce bon vieux chantage.

Je ne comprends pas? articula-t-elle d'une voix étranglée.

Il la fixa sans mot dire. Quand il répondit enfin, sa voix était pleine d'amertume.

Il avait tout organisé. Il a usé de son influence pour m'obtenir un poste de mousse, puis il a menacé mon père. Soit j'acceptais son offre, et m'en allais gentiment sans rien dire, soit il me détruisait - et détruisait la carrière de mon père, aucun doute, bien qu'il ne me l'ait jamais dit en face. Mon père non plus, du reste, ne me l'a pas dit. Ce fut un accord entre « gentlemen ».

Et c'est là que tu es parti. Cet être-là.

Il ne répondit pas. C'était inutile. La réponse allait de soi.

Tu n'avais que quatorze ans, murmura-t-elle.

L'âge parfait pour un mousse, répliqua-t-il d'une voix dépourvue d'émotion.

Il n'avait sans doute pas accueilli la nouvelle avec autant de calme et de détachement dix ans plus tôt. Il avait quatorze ans. Et elle à peine douze. Ils n'étaient encore que des enfants.

Et c'est pour cette raison que tu es parti comme cela ?

Parti comme cela ? Je n'avais pas franchement le choix, non ?

Je croyais... je croyais que j'avais fait quelque chose de mal.

Il fit un pas vers elle, et elle dut lever la tête pour voir son visage. Il était si près qu'elle sentait la chaleur de son corps.

Bien sûr que tu avais fait quelque chose de mal. Tu avais ôté ton fichu chemisier. Tu m'avais montré tes... Tu étais d'une audace sans nom. Tu n'attendais que cela. Mais c'est moi qui en ai subi les conséquences. Pas toi.

J'avais douze ans. Je ne me rendais sans doute pas compte de ce que je faisais. Et toi aussi, tu avais retiré ta chemise.

Elle avait l'impression de suffoquer. Il avait raison : elle aurait dû savoir. Elle aurait dû se rendre compte de ce qu'elle faisait.

Seigneur, quel horrible gâchis ! déplora-t-elle.

Je ne sais pas. Nous avons tous les deux obtenu ce que nous voulions.

Ce que nous voulions ?

Elle avait voulu son indépendance, coûte que coûte. Et lui ?

Mon Dieu, comme j'ai été aveugle, et tellement stupide ! Tu t'es servi de moi pour te venger.

Un bref instant, Jamie afficha une expression de triomphe.

Non. Ce n'était pas par esprit de vengeance. Je n'ai jamais voulu que tout cela t'arrive. J'étais...

Il laissa sa phrase en suspens. En fait, il n'avait pas de réponse. Il avait beau nier, c'était la triste vérité. Il s'était bel et bien servi d'elle. Et son plan avait fonctionné à merveille. Tout ce pour quoi elle s'était battue, tout ce qu'elle avait chéri, y compris la maison, n'avait été qu'une illusion.

Elle qui s'était toujours prise pour la plus maligne avait été dupée par cet homme. L'idiote !

Toute cette rancœur l'épuisait.

Si je comprends bien, tout t'appartient toujours ? Tu récupéreras tout en temps voulu ?

Oui.

Elle prit une longue inspiration. L'air frais de la nuit donna un regain de vigueur.

Entre-temps, je suis quand même à la tête de cette fortune ?

Oui, je ne suis pas... vindicatif. Je ne veux pas te priver de cet argent. Je ne...

Parfait, coupa-t-elle. Dans ce cas, je vais le dépenser.

Il la regarda d'un air ahuri.

Moi, je suis vindicative, reprit-elle. Du moins, je compte l'être. Et je compte gaspiller le plus d'argent possible. Tu as eu ta vengeance, à mon tour d'avoir la mienne. Je vais te ruiner, déclara-t-elle avec un sourire étincelant. Je dépenserai tout jusqu'au dernier penny.

Pour finir sur la paille ? Franchement, Lizzie. Ne sois pas malveillante. Cela ne te va pas. Tu n'es pas une joueuse et tu n'es pas du genre à contracter des dettes auprès des modistes, répliqua-t-il en désignant la robe de coton toute simple qu'elle portait. De toute façon, tu n'as pas besoin de cela, tu es ravissante en toutes circonstances, même si tu devrais dormir un peu plus. Et manger davantage.

Elle s'interdit d'entendre la pointe de tristesse mêlée d'inquiétude qui perçait dans sa voix. Il l'avait utilisée. Depuis le début, depuis qu'il l'avait revue au bal, il avait méticuleusement orchestré sa vengeance.

Tu as sans doute raison et je te remercie pour tes conseils. Mère me casse les pieds pour que je m'habille de manière plus sophistiquée. Et puis, je me sens soudain l'âme d'un grand mécène. Des arts. Oui, musiciens, poètes et peintres, artistes en tout genre sont en permanence à la recherche de quelqu'un qui finance leur génie. Qui leur achète de bons instruments. Je les inviterai à venir vivre sous mon toit. Les artistes sont des gens qui ont un train de vie très dispendieux. Des bouteilles et des bouteilles de Champagne, pour stimuler la créativité, vois-tu. Je vais demander à Mme Tupper d'en commander quelques caisses. Et ils me seront ensuite très reconnaissants, tu ne penses pas ? Ils tiendront à me remercier par toutes sortes d'attentions.

Elle nota, non sans satisfaction, son expression assassine. Tant mieux. Maintenant, il savait ce qu'elle ressentait.

Tu n'as pas intérêt à interférer avec cette mission, Lizzie, la prévint-il d'un ton menaçant.

Sinon quoi ? Tu me feras jeter en prison ? Encore une fois ? rétorqua-t-elle avec mépris.

Va au diable ! gronda-t-il. Je te l'ai dit, je n'ai rien à voir avec cette histoire.

Et je suis censée avaler cela? Alors que tout ce que tu m'as raconté jusqu'à présent n'est qu'un tissu de mensonges. Tu t'attends que cette ruse pathétique fonctionne ? Non mais, tu t'es vu ? A te déplacer la nuit, vêtu comme un vulgaire pêcheur. Tu penses duper qui ? Tu crois vraiment qu'on va te prendre pour mon jardinier ? Tu ne sais même pas planter une tulipe.

Non, je ne m'attends pas qu'on me prenne pour ton jardinier, mais pour un contrebandier en possession d'un navire. Je veux qu'on croie que je me fais passer pour ton jardinier pour pouvoir profiter à ma guise de ta charmante petite crique.

Il avait prononcé ces derniers mots d'un ton suggestif.

Espèce de salaud !

Peut-être, ma chérie, mais je suis toujours ton mari.

Il fit un pas vers elle et lui arracha le fusil des mains si brutalement qu'elle vacilla. Sans lui laisser le temps de réagir, il l'attira contre lui. Sa chaleur l'enveloppa et elle se sentit soudain très vulnérable. Et brûlante de désir.






L'extrait :
Elle le chassait. De ses bras. De sa vie.

Il ne pouvait la perdre une fois encore. Il ne le supporterait pas.

Lizzie s'en voulait. Elle traversa le jardin pour regagner sa maison, s'obligeant à ne pas réfléchir à ce qui venait de se passer. Au fait qu'elle avait été incapable de résister à l'attrait de son corps. Qu'elle avait réagi exactement comme il l'avait prévu. Qu'elle était de retour à la case départ, bêtement sous son charme, comme envoûtée.

Elle ne voulait pas y penser, ni même l'admettre. Elle craignait de voler en éclats.

Mieux valait profiter du bienheureux engourdissement qui suivait l'assouvissement. Elle aurait amplement le temps de se torturer l'esprit et de s'adresser des reproches plus tard.

Bon sang, Lizzie, où vas-tu ?

Surgi de nulle part, Jamie l'attrapa par le coude et la força à s'arrêter au milieu de la pelouse humide.

Comment osait-il ? Depuis quand croyait-il avoir le droit d'être furieux ?

Je vais me coucher. Va au diable !

Non. Tu ne vas nulle part. Nous n'en avons pas terminé toi et moi. Tu ne peux pas prétendre n'avoir rien ressenti, Lizzie. C'est impossible. Et tu ne peux pas partir ainsi après ce qui vient de se passer. Tu me dois une explication.

Je ne te dois rien du tout.

C'était épuisant d'aimer Jamie.

Si. Tu as promis. Promis de m'honorer et de m'obéir, Lizzie. Tu l'as juré sur l'honneur. Or tu ne reviens jamais sur ta parole.

Dieu qu'il était malin ! Elle l'aurait volontiers giflé pour qu'il ressente ne serait-ce qu'une fraction de la peine qu'il lui avait infligée.

Et ta parole, alors ? Le seul homme à qui j'ai promis d'obéir est mort à mes yeux. Je ne te dois rien. Tu n'es pas mon mari, car un mari ne mentirait pas à sa femme. Il ne l'abandonnerait pas. Il ne la laisserait pas croupir en prison. Quand tu te comporteras en mari digne de ce nom, je me comporterai en épouse.

Soit. Nous n'avons qu'à commencer dès maintenant.

Va te faire foutre.

A son expression, elle sut qu'elle avait été trop loin.

Quelle grossièreté, Lizzie, gronda-t-il. C'est donc ainsi que tu veux que cela se passe entre nous ? Bon sang, tu n'apprendras donc jamais rien ?

Vraiment ? Et moi qui pensais avoir appris comment me faire baiser. A moins que ce ne soit pas à cela que tu fasses allusion.

Il eut un mouvement de recul en entendant dans sa bouche un mot aussi vulgaire. Tant mieux. Elle était ravie de l'avoir choqué.

Un long silence s'écoula avant qu'il ne reprenne la parole.

Apparemment, une autre leçon s'impose, articula-t-il lentement. Tu as toujours appris vite, Lizzie. Je suis sûr que cela te plaira. Quitte à ce que ce soit la dernière chose que je fasse sur terre, je vais te prouver que tu as autant besoin de moi que j'ai besoin de toi.

Ses paroles lui firent l'effet d'une gifle.

Non, commença-t-elle, je n'ai besoin de personne. Je...

Mais elle fut incapable de poursuivre.

Il la retourna et la fit basculer à plat ventre dans l'herbe, la main pressée au creux de ses reins. Sans lui laisser le temps de réfléchir ni même de reprendre son souffle, il s'allongea sur elle.

Je regrette beaucoup de choses, Lizzie. Je regrette de ne pas t'avoir dit la vérité. Je regrette chaque seconde que tu as dû passer dans cette satanée prison. Mais jamais je ne regretterai de t'aimer. Et je ne te permettrai pas de dire que toi tu le regrettes, lui chuchota-t-il à l'oreille.

Elle tourna la tête. Il avait l'air féroce. Et tellement puissant. Son corps apparaissait tout en muscles raidis par l'effort que contrôler son désir lui demandait.

Tu as besoin de moi, Lizzie. Tu as envie de moi.

Stupéfaite, elle sentit le désir monter en elle. Son corps réagissait aux propos de Jamie malgré elle. Une onde de chaleur se forma au creux de son ventre, entre ses cuisses.

Je vais faire en sorte que tu te languisses de moi comme je me languis de toi. Il est grand temps que tu apprennes à admettre tes désirs, dit-il en insinuant le genou entre ses jambes serrées. Une bonne leçon sur le désir, voilà ce qu'il te faut. Sur la manière de baiser convenablement son mari, pour reprendre tes mots.

Il appliqua le genou contre son sexe, juste au bon endroit, lui arrachant une cascade de frissons. Il savait précisément comment ébranler ses défenses. C'était là sa force.

Elle tenta de s'échapper en se tortillant, tiraillée entre le désir et les doutes.

Tiens-toi tranquille, murmura-t-il.

Mais elle refusa de lui obéir. S'aidant des deux mains, elle voulut se redresser.

Il lui agrippa les poignets et lui plaqua les bras au sol, au-dessus de la tête. Elle était totalement à sa merci.

Le cœur de Lizzie battait à tout rompre, son souffle saccadé lui martelait les tympans. Elle était en terrain inconnu, n'avait plus aucun repère.

Tu sens à quel point j'ai envie de toi, Lizzie ? reprit-il en se pressant contre elle. Je suis le plus fort, inutile de lutter. Tu auras tellement envie de moi que tu finiras par me supplier de te faire jouir, crois-moi.

Elle aurait voulu crier de frustration. Même ses menaces étaient emplies de promesses érotiques. Elle ravala les larmes accumulées au fond de sa gorge. Comment pouvait-elle le haïr et le désirer tout à la fois ?

Eh bien, vas-y, répliqua-t-elle, cherchant à le provoquer. Montre-toi à la hauteur de tes promesses. Fais-moi jouir.

La maintenant totalement immobile, il écarta ses cheveux de sa nuque, et fit courir doucement ses lèvres sur son cou. Elle sentait la chaleur de son torse contre son dos, son corps puissant qui l'enveloppait, la dominait.

Le désir monta en elle et prit possession de son être entier. Jamie jouait de son corps avec un talent de virtuose. Il n'eut qu'à déplacer la main jusqu'à son sein pour lui arracher un gémissement de bonheur.

Elle ne le voyait pas. Il n'était qu'une ombre derrière elle, une présence implacable. Elle sentit les liens qui la rattachaient à elle-même se dénouer.

Oui, prends-moi. Emmène-moi avec toi.

Jamie laissa échapper un grognement surpris, mais déjà il lui retroussait ses jupes. Lorsqu'il se mit à pétrir ses fesses, un tourbillon de volupté naquit en elle. Elle ondula sous lui pour soulager la tension insoutenable au creux de son ventre.

Il se positionna à l'entrée de son sexe, puis s'enfouit en elle d'une seule poussée. Elle ferma les yeux et arqua les hanches pour l'accueillir. En réponse, il commença à aller et venir en rythme, s'enfonçant jusqu'à la garde avant de se retirer presque complètement. C'était à la fois trop et pas assez. Vraiment pas assez.

J'en veux plus. Donne m'en plus. Tu as promis.

Sa chair intime palpitait avidement autour de lui.

Elle creusa les reins et inclina le bassin pour qu'il s'ancre encore plus profondément en elle.

Sois maudit, Jamie Marlowe.

Il lui plaqua la main sur la bouche, approcha les lèvres de son oreille.

Tais-toi, Lizzie, ordonna-t-il d'une voix rauque. Tiens ta langue ou je cesse de te baiser.

Elle tourna le visage dans sa paume et prit son index dans sa bouche, l'aspira et le mordilla. Le souffle de Jamie se précipita, mais il poursuivit son va-et-vient impitoyable, augmentant la cadence dans un désir presque désespéré d'atteindre le soulagement.

Il finit par lui lâcher les poignets et, profitant de ce qu'elle se relève une fraction de centimètre, il glissa la main sous elle pour la caresser intimement.

Oui. Touche-moi là.

Lizzie ! cria-t-il.

Il s'enfonça brutalement et fut emporté par le plaisir. Entraînée dans son sillage, elle se perdit en lui une fois de plus.

Un désir sauvage et incontrôlable l'habitait, mais il s'en moquait. Il avait dépassé le stade des scrupules depuis longtemps. Il était encore quelque peu chamboulé, ne sachant pas vraiment qui avait donné une leçon à qui. Ce qu'il savait, en revanche, c'était que Lizzie était comme de l'opium : débilitante à petite dose et presque fatale à grandes.

Il était désespérément amoureux de sa femme, si exaspérante fût-elle. Il voulait qu'elle ait besoin de lui, qu'elle le désire autant qu'il la désirait. Il voulait qu'elle l'aime.

Or ce n'était pas en lui écrasant la tête dans l'herbe humide qu'il allait parvenir à ce résultat. Seigneur, quel mufle !

Lizzie, ça va ? Viens ici, mon ange.

Il la soulagea de son poids, bascula sur le dos et l'attira dans ses bras. Le souffle court, il emplit ses poumons d'air frais et contempla bêtement les étoiles.

Lizzie fut la première à remuer. Elle se redressa lentement en position assise, puis se mit debout, écartant les mèches rebelles de son visage et chassant l'herbe et les brindilles de ses jupes.

Lizzie.

Il tendit le bras pour lui prendre la main, sachant ce qu'il allait lui dire, certain qu'il n'avait d'autre choix que de se montrer honnête avec elle.

Je ne veux plus jamais te voir, dit-elle.

Il eut l'impression qu'on venait de creuser un trou dans sa poitrine. S'il ne devait plus jamais la voir, il en mourrait. Ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre était trop fort pour tirer ainsi un trait dessus. Ils avaient déjà essayé, sans succès.

Lizzie, je t'en prie. Tes mots dépassent ta pensée. En dépit de tout, nous sommes trop liés...

Elle leva la main pour l'interrompre. Il l'observa en silence tandis qu'elle rassemblait sa dignité, sa pudeur et même ses regrets comme des débris laissés par la marée sur la plage.

Lorsqu'elle prit la parole, ce fut d'une voix calme, presque atone, qu'il ne lui connaissait pas.

Je ne veux pas avoir besoin de toi. C'est trop douloureux. Et je ne veux plus te revoir. Tu devrais savoir mieux que personne que je pense ce que je dis. Toujours.