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jeudi 14 mai 2015

Irrésistible Alchimie - Simone Elkeles




Elle plaque son visage contre ma poitrine et me serre dans ses bras. J’ai envie de lui crier d’arrêter et pourtant je l’enlace fort à mon tour.
— Je t’aime, dit-elle avec une douceur extraordinaire.
Non. ¡No ! ¡No ! Suis-je tenté de lui répondre.
J’en suis malade et malgré tout je la serre encore plus fort contre moi. Dios mío, si les choses étaient différentes, je ne la quitterais jamais.







Brittany est l'image même de la jeune fille parfaite. Belle, blonde et intelligente, elle vient d'une famille aisée et sort avec le capitaine de l'équipe de football. Elle sait bien maîtriser ses émotions, mais elle cache une douloureuse fêlure : elle s'oppose à ses parents qui veulent placer dans une institution, sa soeur aînée, gravement handicapée.Alex Fuentes est d'origine mexicain ...e, il est bien sûr séduisant en diable, mais c'est le bad boy du lycée. Il fait partie d'un gang impliqué dans des trafics de drogues, comme son père, qui en est mort.En dernière année au lycée Fairfield, Brittany et Alex sont obligés de travailler en binôme leur cours de chimie. Alors que tout les oppose, leur attirance est immédiate. Et leur amour sera contrarié par des événements brutaux qui ne cesseront de s'amonceler sur eux. Membre d'une bande armée qui sème la terreur, Alex est malgré lui rattrapé par les exigences du chef du gang.Et Brittany, malgré ses efforts passionnés pour le sortir de là, ne parviendra pas à le protéger. Vengeance, meurtre, drogue, Alex prend conscience que ce monde n'est pas le sien.Au risque de perdre son amour, il fera tout pour sauvegarder l'existence de Brittany.Mais il ne pourra pas s'échapper de son milieu d'origine....Ce n'est que des années plus tard, après un exil et une réadaptation difficile, que la vie finira par sourire à Alex : ses retrouvailles avec Brittany prouveront que l'amour de nos deux héros aura survécu à l'épreuve du temps.Le style d'un chapitre à l'autre la voix d'Alex alterne avec celle de Britanny, ce qui rend les personnages encore plus réalistes, vivants et attachants. La brutalité des événements donne une tonalité passionnelle au récit. Le lecteur passe non sans frisson du cocon doré de Brittany à la violence des rues dans laquelle vit Alex.Les personnages Brittany : Cette adolescente profondément sensible, généreuse et courageuse n'est pas si simple qu'on pourrait le croire : elle osera en dépit de tout s'opposer à son entourage et assumera ses choix. Alex : Sa rencontre avec Brittany va lui ouvrir les yeux, mais il lui faudra des années pour se défaire de sa pression sociale. Beau latino ténébreux et sensible, il fera littéralement fondre les lectrices, et les lecteurs masculins s'identifieront avec plaisir à ce bad boy au grand coeur. - Simone Elkeles est née et a grandi dans la banlieue de Chicago. Elle a fait des études de psychologie à l'université de l'Illinois. Sa passion pour l'univers adolescent constitue la source de ses écrits.





Je mets à la fin de cet article une vidéo glané sur youtube sur la chaîne de stéphanie 8025 vraiment très sympa !








— Brittany ?
— Quoi ?
Je scrute, l’air absent, les mots imprimés sur les pages. Je n’ai pas la moindre idée de ce que je lis ; je suis trop gênée pour me concentrer.
— Tu me regardais comme si tu voulais m’embrasser.
— Ben voyons.
— Si tu veux, personne ne nous voit, tu sais. Tu peux toujours essayer. Ce n’est pas pour me vanter mais je suis un expert.
Il esquisse un petit sourire, de ceux qui font fondre le cœur des filles de la terre entière.
— Alex, tu n’es pas mon genre.
Il faut qu’il cesse de me regarder comme s’il comptait me faire des choses dont, pour l’instant, je n’ai qu’entendu parler.
— Tu n’aimes que les Blancs ?
— Arrête, lui dis-je entre les dents.


— Quoi ? demande-t-il on ne peut plus sérieusement. C’est la vérité, n’est-ce pas ?
Mrs Peterson apparaît soudain devant nous.
— Où en est ce plan ?
Je feins un sourire.
— En très bonne voie !
Je sors les documents que j’ai trouvés à la maison et me mets au travail sous le regard de la prof.
— J’ai procédé à quelques recherches sur les chauffe-mains, hier soir. Il faut dissoudre soixante grammes d’acétate de sodium dans cent millilitres d’eau à soixante-dix degrés.
— Faux, s’exclame Alex.
Je lève les yeux et réalise que Mrs Peterson est partie.
— Pardon ?
— C’est faux.
— Je ne crois pas, non.
— Tu ne t’es jamais trompée auparavant ?
Il me dit cela comme si j’étais une blonde écervelée. Qu’est-ce qu’il m’énerve !
— Bien sûr que si. Par exemple, la semaine dernière, j’ai acheté le gloss Bobbi Brown « Fleur du désert » alors que la couleur « Bouton de rose » aurait tellement mieux convenu à mon teint. Bref, un vrai désastre ! lui dis-je sarcastiquement.
Me prend-il au sérieux ou comprend-il à ma voix que je me fiche de lui ?
— J’imagine bien.
— Et toi, tu ne t’es jamais trompé ?
— Plus d’une fois. La semaine dernière, alors que je braquais la banque sur Walgreen, j’ai dit au caissier de me donner tous les biftons de cinquante qu’il avait. En fait, j’aurais dû lui demander ceux de vingt, parce qu’il y en avait beaucoup plus.
D’accord, il a compris et m’a rendu la monnaie de ma pièce avec sa propre histoire ridicule. C’est perturbant : cela nous rend tout à coup assez semblables.
— Quel désastre ! fais-je, la main sur le cœur et d’un ton théâtral.
— Donc on peut se tromper tous les deux.
Je lève le menton et annonce solennellement :
— Mais je n’ai pas tort pour la chimie. Contrairement à toi, je prends ce cours au sérieux.
— Faisons les paris alors. Si j’ai raison, tu devras m’embrasser.
— Et si c’est moi qui ai raison ?
— Tu choisis.
Un pari si facile et surtout gagné d’avance, ça ne se refuse pas. L’ego de Monsieur El Macho va en prendre un petit coup.
— Si je gagne, tu nous considères, moi et le projet de chimie, avec sérieux. Plus de moqueries ni de commentaires idiots.
— Marché conclu. Mais je m’en voudrais terriblement si j’oubliais de te dire que j’ai une excellente mémoire visuelle.
— Alex, je m’en voudrais terriblement si j’oubliais de te dire que j’ai copié ces informations directement dans le livre.
Je jette un œil à mes recherches puis ouvre mon manuel de chimie à la page correspondante.
— Alex, sans regarder, dis-moi à quelle température on doit refroidir le mélange ?
Ce garçon adore les défis. Mais cette fois, il va perdre. Il referme son propre manuel et me fixe, l’air décidé.
— Vingt degrés. Et la dissolution doit se faire à cent degrés et pas soixante-dix, répond-il, pleinement confiant.
Je lis la page, puis mes notes. Je retourne à la page. Je ne peux pas m’être trompée. Quelle page ai-je donc…
— Ah oui. Cent degrés… Je le regarde, choquée : Tu as raison.
— Tu m’embrasses maintenant ou plus tard ?
— Tout de suite.
Il en reste ébahi, je le vois à ses mains crispées.
À la maison, papa et maman régissent ma vie. Au lycée, les choses sont différentes. Il faut que je garde le contrôle et la maîtrise de mes actes pour ne pas être qu’un mannequin sans cervelle.
— Vraiment ?
— Oui.
Je place sa main dans la mienne. J’avoue qu’à ce moment, j’apprécie grandement l’intimité du rayon Biographies. Sa respiration ralentit tandis que je me mets à genoux et me penche vers lui. J’évite de penser à ses doigts longs et rugueux que je touche pour la première fois. Je suis nerveuse. Pourtant, je n’ai pas de raison de l’être. C’est moi qui contrôle la situation.
Je sens qu’il se retient. Il me laisse prendre les devants. Je pose sa main sur ma joue ; il gémit. J’ai envie de sourire car sa réaction montre à quel point j’ai du pouvoir sur lui.
Nos regards se croisent, Alex demeure immobile.


De nouveau, le temps s’arrête.
Puis soudain je tourne la tête et lui embrasse la paume.
— Voilà, je t’ai embrassé !
Je lui rends sa main, le jeu est terminé.
Monsieur Latino et son grand ego se sont fait plumer par la blonde écervelée.


Mais je ne l’écoute pas et me laisse guider par la voix d’Alex. Il est en train de discuter avec deux autres personnes. Très sérieusement. Un des deux hommes sort une feuille et la lui tend. Alex, alors, me remarque enfin. Il s’adresse au type en espagnol avant de plier la feuille et de la glisser dans sa poche de jean.
— Qu’est-ce que tu fous ici ? demande-t-il sèchement, d’une voix aussi dure que l’est son visage.
— Je suis juste…
Je n’ai pas le temps de terminer ma phrase qu’Alex m’attrape par le bras.
— Tu vas juste dégager d’ici tout de suite. Qui est le con qui t’a amenée jusqu’ici ?
Paco sort de l’ombre avant que j’aie eu le temps de répondre.
— Alex, s’il te plaît. Paco m’a amenée ici, mais c’était mon idée.
— Espèce de culero ! s’exclame Alex en me relâchant.
— C’est pourtant ça, ton avenir, Alex, réplique Paco. Pourquoi as-tu honte de montrer à ta novia ton autre famille ?
Alex lui décoche un pain dans la mâchoire et Paco s’étale par terre. Je me précipite vers lui, jetant à Alex un regard menaçant et sévère.
— Comment as-tu pu lui faire ça ? C’est ton meilleur ami !
— Je ne veux pas que tu voies cet endroit.
Un filet de sang coule de la bouche de Paco.
— Tu n’aurais pas dû l’amener ici, poursuit Alex plus calmement. Ce n’est pas sa place.
— Ce n’est pas non plus la tienne, mon frère, répond Paco tout aussi doucement. Maintenant, partez tous les deux, elle en a assez vu.
— Viens avec moi, m’ordonne Alex en me tendant la main.
Plutôt que de le suivre, j’entoure le visage de Paco de mes mains et inspecte l’étendue des dégâts.
— Mon Dieu, tu saignes.
Ça me rend malade. Le sang et la violence me poussent toujours à bout.
Paco repousse mes mains sans geste brusque.
— Ça ira, pars avec lui.
C’est alors qu’une voix éclate dans l’ombre, s’adressant en espagnol à Alex et Paco. Son ton autoritaire me fait trembler. Si je n’avais pas peur jusqu’à maintenant, ce n’est plus le cas du tout. C’est la voix d’un des hommes qui parlaient à Alex. Il est vêtu d’un costume noir et d’une chemise blanche immaculée. Je l’ai brièvement aperçu au mariage. Ses cheveux d’un noir corbeau sont plaqués en arrière et sa peau est foncée. En un seul regard je comprends que c’est un homme très puissant au sein du Latino Blood. Deux
armoires à glace l’encadrent.
— Nada, Hector, disent Alex et Paco à l’unisson.
— Emmène-la ailleurs, Fuentes.
Alex me prend par la main et se dépêche de me faire sortir de l’entrepôt. Une fois dehors, je me remets à respirer.
L'extrait :
Elle remue lentement ses hanches contre les miennes, mais je ne suis pas digne de son invitation. Le bout de mes doigts effleure sa bouche. Elle les embrasse puis je les descends doucement le long de son menton, de son cou, jusqu’au creux de sa poitrine.
— Je n’ai pas envie d’arrêter, Alex, dit-elle en attrapant ma main.
J’enveloppe son corps du mien. Ce serait si facile de la faire craquer. Elle ne demande que ça. Mon Dieu, ne me faites pas oublier que j’ai une conscience. C’est à cause de ce pari loco avec Lucky et de ce que ma mère m’a dit sur la facilité de tomber enceinte.
Quand j’ai fait ce pari, je n’éprouvais aucun sentiment pour cette Blanche si sophistiquée. Mais à présent… merde, je n’ai pas envie de penser aux sentiments. Je déteste ça : ils ne servent qu’à détruire la vie des gens. Que Dieu me terrasse sur l’instant de vouloir faire l’amour à Brittany plutôt que de la baiser sur ma moto comme une putain.
Je retire mes mains de son cuerpo perfecto ; c’est bien mon premier geste sensé de la soirée.
— Je ne peux pas faire ça maintenant. Pas ici, dis-je d’une voix rauque, à cause de l’émotion.
Cette fille allait s’offrir à moi, bien qu’elle sache qui je suis et ce que je m’apprête à faire. Comme la réalité peut être difficile à accepter.
Et Brittany, va-t-elle se sentir gênée ou en colère ? Rien de tout cela. Elle plaque son visage contre ma poitrine et me serre dans ses bras. J’ai envie de lui crier d’arrêter et pourtant je l’enlace fort à mon tour.
— Je t’aime, dit-elle avec une douceur extraordinaire.
Non. ¡No ! ¡No ! Suis-je tenté de lui répondre.
J’en suis malade et malgré tout je la serre encore plus fort contre moi. Dios mío, si les choses étaient différentes, je ne la quitterais jamais. J’enfouis mon visage dans ses cheveux, rêvant de l’emmener loin de Fairfield.




— Est-ce que je ne suis pas importante à tes yeux ?
— Si.
— Alors prouve-le.
Je retire mon bandana et me passe la main dans les cheveux.
— Tu ne sais pas à quel point c’est difficile pour moi. Mi madre exige que je protège notre famille en étant dans le Blood, tout en se voilant la face. Hector veut que je lui prouve que je suis tout dévoué au Blood. Et toi… la seule personne avec qui je me vois partager ma vie un jour, tu veux que je te prouve mon amour en faisant quelque chose qui mettrait ma famille en danger. Je dois faire cette transaction et personne, pas même toi, ne me fera changer d’avis. Oluídalo.
— Tu mettrais en péril notre histoire ?
— Putain, ne dis pas ça. Pourquoi la mettrait-on en péril ?
— Si tu te mets à vendre de la drogue, c’est fini entre nous. J’ai tout plaqué pour toi… pour nous. Mes amis. Mes parents. Tout. Maintenant, c’est ton tour.
Je lui offre ma veste en la voyant claquer des dents.
— Tiens, enfile ça.
Il n’y a rien à ajouter. C’est ma vie. Si elle ne peut pas l’accepter, qu’elle retourne avec Colin Adams ou n’importe quel garçon dont elle pourra faire sa marionnette.
Finalement Brittany me demande de l’emmener chez son amie Sierra.
— Je crois que nous devrions travailler séparément sur le projet de chimie, ajoute-t-elle.
Quand nous arrivons devant la grande maison, au bord de la plage, elle me tend ma veste.
— Tu préfères fabriquer le chauffe-mains ou écrire le compte-rendu ?
— Tu choisis.
— J’écris plutôt bien…
— OK, je m’occupe du reste alors.
— Alex, les choses ne peuvent pas se terminer ainsi.
Ses yeux se remplissent de larmes. Il faut que je m’en aille avant qu’elles ne se mettent à couler le long de ses joues. Cela me tuerait.
— Si, il le faut.
Et je redémarre ma moto.




S’il n’est pas subjugué par ma tenue, alors rien n’y fera. Je vais donner tout ce que j’ai… je sors l’artillerie lourde. Je frappe un coup sec à la porte puis ferme les yeux en priant pour que tout se passe comme prévu. J’ouvre ensuite mon long manteau de satin argenté et sens l’air frais de la nuit contre ma peau nue. En entendant le grincement de la porte, je soulève lentement les paupières. Ce ne sont malheureusement pas les yeux noirs d’Alex qui fixent ma tenue légère mais Enrique ! Il regarde mon soutien-gorge rose lacé et ma jupe de pom-pom girl comme s’il avait gagné à la loterie.
Honteuse, je referme immédiatement mon manteau.
— Euh, Alex, rigole Enrique, quelqu’un voudrait savoir si tu préfères une farce ou une friandise.
Je dois être rouge écarlate mais je suis déterminée à aller jusqu’au bout. Il faut que je prouve à Alex que je ne suis pas prête à l’abandonner.
— C’est qui ? demande-t-il depuis l’intérieur.
— J’allais partir, glisse Enrique en s’esquivant. Tu diras à Alex de fermer. Adiós.
Et il s’en va dans la nuit en chantonnant.
— Hé, Enrique. ¿Quién está ahì ?
Alex arrive enfin à la porte. Il me regarde avec mépris.
— Tu as besoin qu’on t’indique ton chemin ou qu’on répare ta voiture ?
— Ni l’un ni l’autre.
— On vient chercher des bonbons dans mon quartier ?
— Non.
— C’est fini, mujer. ¿Me oyes ? Tu peux pas arrêter de te pointer dans ma vie et de jouer avec moi ? En plus, tu ne devrais pas être à une soirée d’Halloween avec un type du lycée ?
— Je lui ai posé un lapin. Est-ce qu’on peut parler ?
— Écoute, j’ai un tas de trucs urgents à faire. Pourquoi es-tu venue jusqu’ici ? Et où est Enrique ?
— Il… il est parti. J’ai dû l’effrayer.
— Toi ? Je ne crois pas.
— Je lui ai montré ce que je portais sous mon manteau.
Les sourcils d’Alex fusent vers le ciel.
— Laisse-moi entrer avant que je gèle sur place. Je t’en supplie.
Je jette un œil derrière moi : l’obscurité me paraît plus engageante maintenant que mon pouls s’affole. Je resserre mon manteau contre moi mais ça ne m’empêche pas d’avoir la chair de poule. Mon corps se met à trembler.
Dans un soupir, Alex finit par me faire entrer et referme la porte derrière moi. Heureusement, il y a un radiateur au milieu de la pièce. Je m’en approche en frottant mes mains l’une contre l’autre.
— Pour dire la vérité, je suis content que tu sois là. Mais est-ce qu’on n’a pas rompu ?
— Je veux nous donner une seconde chance. Prétendre que nous n’étions que de simples binômes de chimie a été une véritable torture. Tu me manques. Est-ce que moi, je te manque ?
L’air sceptique, il penche la tête sur le côté, comme s’il n’avait pas bien entendu.
— Tu sais que je fais toujours partie du Blood.
— Oui. Je suis prête à tout accepter de toi, Alex.
— Je ne serai jamais à la hauteur de tes attentes.
— Et si je te dis que je n’attends rien ?
Il inspire profondément et expire lentement. Sa mine sérieuse trahit sa réflexion intense.
— Voilà ce qu’on va faire, propose-t-il finalement. Tu vas me tenir compagnie pendant que je termine de dîner. Je ne te demanderai même pas ce que tu portes… ou plutôt ce que tu ne portes pas… sous ce manteau. D’accord ?
— D’accord, dis-je avec un sourire timide et en arrangeant mes cheveux.





— Je crois que j’ai entendu une nouvelle question, Alex.
— Non, ce n’en était pas une. Cela dit, bien essayé. Voyons… Quelle est la vraie raison qui t’a poussée à venir ici ?
— Je voulais te montrer à quel point je t’aime.
Alex se contente de cligner des yeux plusieurs fois, sans exprimer plus d’émotion. Cette fois, il enlève son haut, dévoilant ses sublimes tablettes de chocolat. Je m’agenouille à côté de lui, dans l’espoir de le tenter et de le désarçonner.
— Est-ce que tu comptes aller à la fac ? Dis-moi la vérité.
— Oui, si ma vie était différente, répond-il après une hésitation.
Je retire une sandale.
— As-tu couché avec Colin ? demande-t-il.
— Non.
Alex enlève sa chaussure droite, les yeux toujours rivés sur moi.
— Est-ce que tu l’as déjà fait avec Carmen ?
Il hésite encore.
— Tu n’as pas envie d’entendre la réponse.
— Oh ! que si. Je veux tout savoir : avec combien de personnes tu es sorti, la première avec laquelle tu as couché…
Il se frotte la nuque, cherchant sans doute à faire disparaître la tension dans ses muscles.
— Ça fait beaucoup de questions. Carmen et moi… disons que, oui, on a couché ensemble. La dernière fois remonte au mois d’avril, avant que je ne découvre qu’elle couchait à droite, à gauche. Avant Carmen, mes souvenirs sont un peu confus : j’ai passé pratiquement une année à sortir avec une nouvelle fille chaque semaine. J’ai aussi couché avec la plupart d’entre elles. C’était n’importe quoi.
— Est-ce que tu t’es toujours protégé ?
— Oui.
— Et comment s’est passée ta première fois ?
— C’était avec Isabel.
— Isabel Avila ?
— Ce n’est pas ce que tu crois. Cela s’est passé l’été d’avant la troisième, on voulait tous les deux se débarrasser de notre virginité et découvrir ce que c’était que tout ce ramdam autour du sexe. C’était naze. Je gigotais dans tous les sens et elle a rigolé pratiquement du début à la fin. On est tombés d’accord sur le fait que coucher avec quelqu’un que l’on considère comme un frère ou une sœur est une très mauvaise idée. Voilà, je t’ai tout dit. Maintenant, je t’en prie, enlève ce fichu manteau.
— Pas encore, muchacho. Si tu as couché avec autant de monde, comment puis-je être sûre que tu n’as pas attrapé de maladies ? Dis-moi si tu as passé des tests.
— On me les a faits à la clinique où l’on m’a posé des agrafes sur le bras. Crois-moi, je n’ai rien.
— Moi non plus. Au cas où tu te poserais la question.
Je retire mon autre sandale, ravie qu’il ne se soit pas moqué de moi et qu’il n’ait pas rechigné à entendre toutes mes questions.
— À toi, Alex.
— Est-ce que tu as déjà pensé faire l’amour avec moi ?
Il enlève sa chaussette sans se faire prier.





— Alex, je suis vierge. Et si je faisais quelque chose de mal ?
— Mal, ça n’a pas de sens, ici. Tu ne passes pas un examen. Nous sommes seuls, toi et moi. Nous sommes coupés du reste du monde, d’accord ?
— D’accord.
Ses yeux brillent. Serait-elle en train de pleurer ?
— Je ne te mérite pas. Tu le sais ça, querida ?
— Quand comprendras-tu que tu es un garçon bien ?
Comme je ne réponds rien, Brittany penche ma tête vers la sienne.
— Mon corps est à toi ce soir, Alex. Est-ce que tu en as envie ?
— Mon Dieu, oui.
Tout en l’embrassant, je baisse mon jean et mon caleçon, puis je la serre fort, savourant la douceur et la chaleur de son corps contre le mien.
— Tu n’as pas peur ? dis-je en chuchotant, afin de m’assurer qu’elle est aussi prête que je le suis.
— Un peu mais j’ai confiance en toi.
— Détends-toi, preciosa.
— J’essaie.
— Cela ne marchera pas tant que tu ne seras pas détendue.
Je m’éloigne légèrement pour attraper, les mains tremblantes, un préservatif.
— Tu es sûre de vouloir y aller ?
— Oui, oui, je suis sûre. Je t’aime, Alex. Je t’aime, répète-t-elle presque au désespoir.
Je me laisse pénétrer par ses mots et je me retiens, je ne veux pas lui faire mal. Mais quelle illusion. La première fois pour une fille est toujours douloureuse, peu importe la délicatesse du garçon. J’aimerais lui dire ce que je ressens, à quel point elle occupe tout mon être. Mais j’en suis incapable : les mots refusent de sortir de ma bouche.
— Viens, m’incite-t-elle, sentant mon hésitation.
Alors je n’hésite plus. Je la vois retenir son souffle et je voudrais juste lui épargner toute douleur.
Une larme coule sur sa joue. Tant d’émotion me fend le cœur. Pour la première fois depuis la vision de mon père étendu mort devant moi, une larme coule de mes yeux. Elle la cueille de ses lèvres, me tenant la tête entre ses mains.
— Tout va bien, Alex.
C’est faux. Il faut que je fasse de ce moment un moment parfait. Je n’aurai peut-être pas d’autre chance et il faut qu’elle connaisse tout le plaisir que l’on peut éprouver. Je me concentre uniquement sur elle, cherchant éperdument à rendre cet instant magique.
Après, je l’attire à côté de moi. Elle se blottit contre ma poitrine tandis que je caresse ses cheveux, l’un comme l’autre souhaitant que cela se prolonge le plus longtemps possible.
Je n’arrive toujours pas à croire qu’elle m’ait offert son corps. Je devrais me sentir triomphant. Au lieu de cela, mi siento una mierda. Il me sera impossible de protéger Brittany tout le reste de sa vie des autres garçons qui voudront s’approcher d’elle, la voir comme je l’ai vue, la toucher comme je l’ai touchée. Oh ! je voudrais ne jamais la laisser partir.
Mais il est trop tard. Je ne peux plus perdre de temps. Après tout, elle n’est pas à moi pour toujours.
— Tu vas bien ?
— Oui. Plus que bien.
— Il faut vraiment que j’y aille, lui dis-je en jetant un œil à l’heure.
Brittany pose son menton contre ma poitrine.
— Maintenant, tu vas quitter le Latino Blood, n’est-ce pas ?
Mon corps se raidit subitement.
— Non.
Où a-t-elle pu pêcher une idée pareille ? Et pourquoi me pose-t-elle la question maintenant ?
— Alex, les choses sont différentes désormais. Nous avons fait l’amour.
— Ce que nous avons fait était génial. Mais cela ne change rien.
Elle se relève, ramasse ses vêtements et commence à se rhabiller dans un coin.
— Je ne suis donc qu’une fille de plus sur ton tableau de chasse ?
— Ne dis pas ça.
— Pourquoi ? C’est la vérité, non ?
— Non.
— Alors prouve-le-moi, Alex.
— C’est impossible.
Si seulement je pouvais lui dire le contraire. Mais elle doit savoir que ce sera toujours comme ça, que je devrais la quitter de temps à autre pour servir le Blood. Cette fille blanche, capable d’aimer avec une telle intensité de tout son cœur et de toute son âme, est une véritable drogue. Elle mérite mieux que cela.
— Je suis désolé, dis-je après avoir remis mon jean.
Qu’est-ce que je pourrais lui dire d’autre ?
Elle détourne les yeux et s’avance comme un robot jusqu’à l’entrée du garage.
Soudain, j’entends crisser des pneus et tous mes sens sont de nouveau en éveil. Une voiture s’approche de nous… la RX-7 de Lucky.
— Monte dans ta voiture ! dis-je en hurlant à Brittany.
Mais il est déjà trop tard : la RX de Lucky vient de s’arrêter, avec à son bord tout un groupe de garçons du Blood.
— ¡No lo puedo creer, ganaste la apuesta ! crie Lucky de sa fenêtre.
Je tente de cacher Brittany derrière moi, mais c’est peine perdue. Il ne fait aucun doute qu’ils peuvent voir ses jambes nues et sexy dépasser de son manteau.
— Qu’est-ce qu’il vient de dire ?
J’aurais envie d’enlever mon pantalon et de le lui donner. Si jamais elle découvre l’histoire du pari, elle croira que c’est pour cela que j’ai couché avec elle. Elle doit sortir d’ici, et vite.
— Rien, il raconte n’importe quoi. Monte dans ta voiture. Sinon, c’est moi qui t’y mettrais.
J’entends Lucky fermer sa portière en même temps que Brittany ouvre la sienne.
— Ne sois pas fâché contre Paco, fait-elle avant de grimper derrière le volant.
Mais de quoi parle-t-elle ?
— Vas-y ! dis-je sans prendre le temps de lui demander une explication. On en reparlera.
Et la voilà partie.
L'extrait :
À peine ses frères et sa mère sortis de la chambre, il se redresse dans une crispation de douleur.
— Je veux que tu t’en ailles.
— Ce n’est pas vrai.
Je ne le crois pas, c’est impossible.
Il retire sa main brusquement, comme si le contact de la mienne le brûlait.
— Si, je veux que tu partes.
— Alex, on va s’en sortir. Je t’aime.
Son regard se tourne vers le sol et il s’éclaircit la gorge.
— Je t’ai baisée pour gagner un pari, Brittany. Ça ne représente rien pour moi. Tu ne représentes rien pour moi.
Je me recule à mesure que ses mots me frappent.
— Non, dis-je dans un murmure.
— Toi et moi… ce n’était qu’un jeu. J’ai parié avec Lucky sa RX-7 que je pouvais te baiser avant Thanksgiving.
Je sursaute en l’entendant qualifier de « baise » notre nuit d’amour. « Coucherie » m’aurait laissé un goût amer dans la bouche. Mais « baise » me retourne l’estomac.
— Tu mens, dis-je, pétrifiée.
Il décroche les yeux du sol et me regarde bien en face. Mon Dieu ! Il ne montre aucune émotion. Son regard est aussi froid que ses mots.
— C’est pathétique de croire qu’il y avait quoi que ce soit entre nous, Brittany.
Je secoue violemment la tête.
— Ne sois pas blessant, Alex. Pas toi. Pas maintenant. Je t’en prie, dis-je dans un chuchotement, les lèvres tremblantes.
Il ne répond pas. Je recule d’un pas, vacille en pensant à moi, la véritable moi que seul Alex connaît.
— J’avais confiance en toi.
— C’était ton erreur, pas la mienne.
Il touche son épaule gauche et tressaille de douleur alors qu’un groupe de ses amis entrent dans la chambre. Je reste dans un coin, immobile, ignorée de tous, jusqu’à ce que je finisse par crier :
— Est-ce que tu as vraiment fait tout ça pour un pari ?
Tout le monde se tourne vers moi, y compris Alex. Isabel s’approche mais je l’arrête d’un geste de la main.
— Est-ce que c’est vrai ? Est-ce qu’Alex a fait le pari de coucher avec moi ? dis-je, incapable d’utiliser les mots si blessants d’Alex.
— Dites-lui, ordonne Alex en me regardant droit dans les yeux.
Un type nommé Sam lève la tête.
— Eh bien, ouais. Il a gagné la RX-7 de Lucky.
Je m’appuie contre la porte de la chambre, tentant de garder la tête haute. Le visage d’Alex n’est que froideur et dureté.
— Je te félicite, Alex. Tu as gagné. J’espère que tu apprécieras ta nouvelle voiture.
Sur son visage, la froideur fait place au soulagement. Je sors lentement de la chambre. Isabel me suit, mais je m’enfuis en courant, loin d’elle, de l’hôpital, et d’Alex. Malheureusement, je ne peux pas m’enfuir loin de mon cœur. Il me fait si mal. Désormais, je ne serai plus jamais la même.





— Comprends-tu les conséquences de ton départ du Blood ?
— Oui.
Un cercle se forme autour de moi dans un silence lugubre. Aucun rire, aucun bruit. Certains de ceux qui m’entourent sont des amis d’enfance. Comme Enrique, ils se battent contre eux-mêmes. Je ne leur en veux pas. Ceux que l’on a choisis pour me violenter aujourd’hui n’ont pas eu de chance.
Soudain on me frappe au visage. J’ai du mal à rester debout pour les affronter, car je sais que ce n’est qu’un début. Combattre en sachant qu’on peut gagner, c’est une chose. Mais c’en est une autre quand on sait qu’on n’a aucune chance.
Un objet tranchant me taillade le dos.
Puis on me frappe les côtes.
Chaque coup vise le haut du corps ; pas un centimètre carré de peau n’est oublié. Une entaille par-ci, un coup de poing par-là. Je chancelle plusieurs fois et on me redresse avant de me décocher un nouveau coup. L’entaille dans mon dos me brûle terriblement. Je reconnais les coups d’Enrique car ils renferment moins de rage que les autres.
Le souvenir de Brittany m’empêche de hurler ma douleur. Je serai fort pour elle… pour nous. Je ne les laisserai pas décider de ma vie ou de ma mort. C’est moi qui suis maître de mon destin, pas le Blood. Je n’ai pas la moindre idée du temps que dure le supplice. Une demi-heure ? Une heure ? Mon corps faiblit, j’ai du mal à tenir debout. Je sens une odeur de fumée ; va-t-on me jeter dans le feu ?
J’ai envie de céder et de m’effondrer sur le sol mais je m’efforce de rester debout. Je suis probablement méconnaissable, le corps et le visage couverts de sang. Quelqu’un déchire mon T-shirt, découvrant la cicatrice laissée par la balle qu’Hector a tirée sur moi. Un poing la percute. La douleur est insoutenable. Je m’affale par terre, le visage plaqué contre le gravier. À cet instant, je ne suis plus sûr d’y arriver.
Brittany, Brittany, Brittany. Tant que je me répète cette prière, je sais que je suis toujours en vie. Brittany, Brittany, Brittany.
Est-ce une odeur de fumée ou l’odeur de la mort ?
À travers l’épais brouillard qui m’emplit l’esprit, je crois entendre une voix.
— Vous ne croyez pas qu’il en a eu assez ?
— Non, dit-on distinctement.
Des protestations s’élèvent. Si je pouvais bouger, je le ferai. Brittany, Brittany, Brittany.
Les protestations continuent. D’habitude, il n’y en a jamais, c’est interdit. Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui m’attend ? On doit préparer quelque chose de pire que les coups, car j’entends beaucoup de disputes.
— Maintenez-lui la tête contre le sol, crie Chuy. Personne ne trahira le Latino Blood pendant mon règne. Que ce soit bien clair pour tous ceux qui seraient tentés de le faire. Le corps d’Alejandro Fuentes sera marqué à jamais, en signe de sa trahison.
L’odeur de brûlé se rapproche. Je n’ai pas la moindre idée de ce qui va se passer, jusqu’à ce que le haut de mon dos soit brûlé par ce qui ressemble à des braises.
Ai-je gémi ? grogné ? hurlé ? Je ne sais plus. Je ne sais plus rien désormais. Je suis incapable de penser. Je ne peux que ressentir. Ils auraient tout aussi bien pu me jeter dans un feu, cette torture est pire que tout ce que j’avais imaginé. L’odeur de peau brûlée irrite mes narines et je réalise qu’il ne s’agit pas de braises. Ce connard est en train d’apposer son sceau au fer rouge. El dolor, el dolor…
Brittany, Brittany, Brittany.




C’est impossible. Mon imagination doit me jouer des tours.
Mais quand il se retourne et que ses yeux noirs si familiers rencontrent les miens, la réalité me foudroie.
Alex est ici, à seulement quelques mètres de moi. Mon Dieu, tous les sentiments que j’ai éprouvés pour lui déferlent en moi comme une vague. Je ne sais quoi dire, ni quoi faire.
— Brittany est arrivée, dit-il à ma sœur avant de se lever et de tourner consciencieusement son fauteuil pour qu’elle puisse me voir.
Comme un robot, je m’avance vers Shelley et la prends dans mes bras. Quand je me redresse, Alex se tient tout près de moi, en pantalon kaki et chemise à carreaux bleus. Je le dévore des yeux, l’estomac en boule. Le monde se réduit, et je ne vois plus que lui.
Enfin, je retrouve la parole :
— A… Alex… ? Qu’… qu’est-ce que tu fais là ?
— J’avais promis à Shelley de prendre ma revanche, non ?
Nous restons là, à nous regarder, on dirait qu’une force invisible m’empêche de détourner les yeux.
— Tu as fait tout le chemin jusqu’au Colorado pour jouer aux échecs avec ma sœur ?
— C’est-à-dire, ce n’est pas la seule raison. Je vais à la fac ici. Mrs P. et Mr Aguirre m’ont aidé à obtenir une équivalence après mon départ du Blood. J’ai vendu Julio. J’ai fait un prêt et je travaille pour le bureau des élèves.
Alex ? À la fac ? Ses manches de chemise boutonnées cachent la plupart de ses tatouages du Latino Blood.
— Tu as quitté le gang ? Je croyais que c’était trop dangereux, Alex. Tu m’as dit que ceux qui tentaient d’en sortir se faisaient tuer.
— J’ai bien failli l’être. Si Gary Frankel n’avait pas été là, je ne m’en serais certainement pas sorti…
— Gary Frankel ?
Le garçon le plus gentil et le plus intello du lycée ? Je détaille alors le visage d’Alex et remarque une nouvelle et légère cicatrice au-dessus de son œil et d’autres plus vilaines sur son oreille et son cou.
— Mon Dieu ! Qu’… qu’est-ce qu’on t… t’a fait ?
Il me prend la main et la pose sur son torse. Il a un regard intense, profond, comme la première fois où je l’ai vu sur le parking, le jour de la rentrée en terminale.
— Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’il fallait que je revoies tout. Les choix que j’avais faits. Le gang. Être battu presque jusqu’à mort et marqué comme du bétail, ce n’était rien comparé à te perdre. Si seulement je pouvais ravaler chaque mot que j’ai prononcé à l’hôpital. Je croyais qu’en te rejetant, je te protégerais du sort de Paco et de mon père. Plus jamais je ne te rejetterai, Brittany. Jamais. Je te le promets.
Battu ? Marqué ? J’ai envie de vomir et les larmes me montent aux yeux.
— Ne t’en fais pas. Je vais bien maintenant, répète-t-il encore et encore, en m’enlaçant et me caressant le dos. Puis il plaque son front contre le mien : Je dois te dire quelque chose. J’ai accepté ce pari parce qu’au fond de moi je savais que si je laissais mes sentiments s’en mêler, j’en mourrais. D’ailleurs, j’ai bien failli en mourir. Tu es la seule fille pour qui j’ai tout risqué, dans l’espoir d’un avenir qui en vaille la peine.
Il recule d’un pas pour me regarder droit dans les yeux.
— Je suis vraiment désolé. Mujer, dis-moi ce que tu veux et je te l’offrirai. Si je dois partir et te laisser tranquille pour que tu sois heureuse, dis-le. Mais si tu veux encore de moi, je ferai de mon mieux pour correspondre à ça… Il ouvre les bras pour que j’admire ses vêtements : Comment puis-je te prouver que j’ai changé ?
— J’ai changé, moi aussi. Je ne suis plus la fille d’autrefois. Et désolée, mais cette tenue… elle ne te correspond absolument pas.
— C’est pourtant ce que tu voulais.
— Tu as tort, Alex. Ce que je veux, c’est toi. Pas une fausse image. Il n’y a aucun doute, je te préfère en jean et T-shirt parce que cela te correspond.
— Tu as raison, dit-il avec un petit rire. Un jour tu m’as dit que tu m’aimais. Est-ce toujours le cas ?
Le sourire chaleureux de Shelley me donne la force de lui répondre la vérité.
— Je n’ai jamais cessé de t’aimer. Même quand j’essayais désespérément de t’oublier, je n’y suis jamais arrivée.
Avec un profond soupir, il se frotte le front, soulagé. Ses yeux sont brillants, emplis d’émotion, tandis que les miens se remplissent de larmes.
— Je ne veux pas que nous nous battions constamment, Alex, dis-je en m’agrippant à sa chemise. Quand on sort avec quelqu’un, il faut que ce soit gai. L’amour doit faire du bien.
Je l’attire vers moi. Je veux sentir ses lèvres contre les miennes.
— Est-ce que ce sera le cas pour nous ?
Nos lèvres s’effleurent avant qu’il ne se recule, puis il…
Ô mon Dieu !
Il met un genou à terre devant moi, prend mes mains dans les siennes, et mon cœur menace de lâcher.